Emmanuel Macron dit avoir demandé au gouvernement "d'engager la procédure accélérée" d'une proposition de loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ansDès la rentrée scolaire prochaine
Emmanuel Macron dit avoir demandé au gouvernement d’engager la procédure accélérée d’une proposition de loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. La mesure désormais en gestation en France est similaire en termes de contenus et d’objectifs à celle déjà en vigueur en Australie. Dans un cas comme dans l’autre le débat demeure le même : l'efficacité des mesures et la responsabilité des plateformes, avec des critiques récurrentes concernant le manque de détails techniques dans les lois pour une application concrète.
La dernière sortie d’Emmanuel Macron fait suite à une précédente dans laquelle il s’était donné quelques mois pour convaincre l’UE et passer à l’action en France si elle tardait à prendre une position favorable en la matière. Grosso modo, Emmanuel Macron considère les réseaux sociaux comme une jungle sur laquelle le poids de la réglementation gouvernementale doit s’abattre. Il cite les contrôles de carte d’identité et les systèmes de reconnaissance faciale parmi les moyens techniques permettant l’atteinte de cet objectif.
La proposition de loi parle en sus d’interdiction des téléphones portables pour les moins de 15 ans. Les téléphones portables sont interdits dans les écoles primaires et collèges français (pour les élèves âgés de 11 à 15 ans) depuis 2018. Les nouveaux changements annoncés visent à étendre cette interdiction aux lycées.
Emmanuel Macron dit avoir demandé au gouvernement "d'engager la procédure accélérée" d'une proposition de loi pour interdir les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et les téléphones portables dans les lycées, dès "la rentrée prochaine", dans une vidéo publiée samedi 24 janvier. pic.twitter.com/V7XtMa4uuy
— franceinfo (@franceinfo) January 24, 2026
La Chine, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Irlande ont chacun un modèle de régulation qui lui est propre
Au-delà de l'Australie, plusieurs autres pays ont mis en place ou envisagent des régulations pour protéger les mineurs sur les réseaux sociaux, chacun avec des approches distinctes :
La Chine : Le modèle chinois se distingue par son niveau de contrôle étatique. Les moins de 14 ans ne peuvent pas passer plus de 40 minutes par jour sur Douyin (la version chinoise de TikTok), et l'accès est soumis à une vérification d'identité stricte. Ce modèle de contrôle centralisé, avec des exigences d'identification rigoureuses, facilite la vérification de l'âge et l'application des limites de temps. Cependant, il soulève des questions fondamentales sur la vie privée et les libertés individuelles qui sont difficilement transposables dans les démocraties occidentales. Il démontre néanmoins qu'une vérification d'âge rigoureuse est techniquement possible avec une volonté politique suffisante et un cadre légal moins contraignant en matière de collecte de données.
Le Royaume-Uni : Le gouvernement britannique envisage une interdiction des médias sociaux pour les moins de 16 ans si les entreprises technologiques ne renforcent pas leurs mesures de protection. Cette réflexion s'inscrit en réponse à une crise de la santé mentale chez les jeunes et s'accompagne d'un renforcement de l'Online Safety Act (OSA). L'approche du Royaume-Uni est similaire à celle de la France, utilisant la menace d'une interdiction pour inciter les plateformes à agir, ce qui souligne une prise de conscience partagée des liens entre l'utilisation des réseaux sociaux et la santé mentale des jeunes. Cela indique une convergence des préoccupations et des stratégies parmi les pays occidentaux, suggérant que la pression sur les plateformes est une tendance mondiale et que la question de la santé mentale des jeunes est un moteur clé de cette régulation.
L'Allemagne : En Allemagne, la majorité numérique pour le consentement au traitement des données personnelles est fixée à 16 ans. Le pays dispose d'un cadre de protection de la jeunesse impliquant une collaboration entre organismes publics et non gouvernementaux, avec des initiatives concrètes comme le portail FragFINN, qui propose une navigation sécurisée pour les enfants. Ce modèle met en lumière l'importance d'un écosystème de protection plus large, qui va au-delà de la seule législation coercitive pour inclure la sensibilisation et des outils pratiques de navigation sécurisée. Cela souligne l'importance d'une approche multi-acteurs et éducative pour créer un environnement numérique plus sûr.
L'Irlande : En tant que siège européen de nombreuses grandes plateformes numériques, l'Irlande joue un rôle clé dans l'application des réglementations européennes. Un nouveau code de sécurité en ligne y impose aux plateformes d'interdire les contenus préjudiciables, de restreindre l'accès des mineurs aux contenus pour adultes, et de mettre en place des mécanismes de signalement. Le non-respect de ces règles peut entraîner des amendes significatives, comme en témoigne la sanction de Meta par la DPC irlandaise pour violation du RGPD. La capacité de l'Irlande à imposer des amendes substantielles démontre que la pression financière peut être un levier efficace pour forcer les plateformes à se conformer aux exigences de protection des mineurs, même si le défi de la vérification d'âge reste universel
Des points communs se dégagent néanmoins de chacune de ces approches
L'analyse des expériences internationales révèle des leçons cruciales pour la France. Il apparaît clairement qu'une interdiction totale des réseaux sociaux pour les mineurs est difficile à mettre en œuvre et à faire respecter, avec un risque élevé de contournement par les adolescents qui chercheront des moyens d'accéder à ces plateformes. Le débat se concentre souvent sur l'efficacité des mesures et la responsabilité des plateformes, avec des critiques récurrentes concernant le manque de détails techniques dans les lois pour une application concrète.
De nombreuses voix s'élèvent pour plaider en faveur d'une approche plus globale et multidimensionnelle. Cette approche inclurait non seulement l'éducation des parents et des enfants aux usages numériques responsables, mais aussi la régulation de l'économie de l'attention des plateformes (qui conçoivent des algorithmes pour maximiser le temps d'écran) et le développement d'alternatives attrayantes aux écrans. La nécessité d'une approche holistique et multidimensionnelle est une observation majeure. Le paysage mondial montre qu'aucune mesure législative unique, en particulier une interdiction générale, n'est une panacée. Les défis liés à l'application technique, au contournement par les utilisateurs et aux conséquences imprévues sont universels. Le thème récurrent est qu'une protection efficace exige plus que de simples interdictions légales ; elle nécessite des solutions techniques robustes pour la vérification de l'âge (qui font encore largement défaut), une modification de la conception des plateformes pour réduire les fonctionnalités addictives, et une éducation numérique complète pour les enfants et les parents.
Et vous ?
Peut-on interdire sans exclure ? Comment protéger les adolescents sans les priver de moyens d’expression et de socialisation ?
Peut-on vraiment empêcher un adolescent de moins de 15 ans motivé d’accéder à un réseau social via un VPN ou un faux compte ?
Est-il plus efficace de responsabiliser les parents ou de confier ce rôle à l’État et aux plateformes ?
Les plateformes comme TikTok ou Instagram ne devraient-elles pas créer des versions “junior” avec contenu filtré et usage limité ?
Au lieu d'interdire, ne faudrait-il pas renforcer l'éducation numérique à l’école dès le primaire ?
Vous avez lu gratuitement 2 166 articles depuis plus d'un an.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.

, mais ça n'a pas encore pris