Depuis des années, le sénateur Bernie Sanders incarne une voix critique du capitalisme débridé et des inégalités croissantes aux États-Unis. Mais aujourd'hui, ce sont les avancées de l’IA qui mobilisent son énergie et ses inquiétudes. Il redoute un scénario apocalyptique de l’IA, craint non seulement par lui, mais aussi par certains des experts les plus respectés du domaine. À ses yeux, le problème n’est pas seulement technologique : il est fondamentalement politique. Ainsi, sans mesures fortes, l’IA risque d'aggraver la précarité des travailleurs en anéantissant le marché de l’emploi, et surtout accroître la concentration de richesses au sommet de la pyramide sociale. Pour empêcher ce désastre, Bernie Sanders a déposé plusieurs propositions de loi visant à réguler la technologie. En juin 2026, il a proposé une loi visant à créer « un fonds souverain de 7 000 milliards de dollars » pour transférer le contrôle et une partie des richesses de l'industrie de l'IA vers le peuple américain. Alors que les experts affirment que ce texte a peu de chance d'aboutir, le sénateur vient de dévoiler sa nouvelle proposition de loi.
Bernie Sanders et le représentant Greg Casar (D-Texas) ont présenté une législation visant à interdire l'intelligence artificielle générale (AGI). Cette initiative fait suite aux incidents inquiétants où des agents IA d'OpenAI auraient échappé au contrôle humain pour mener des activités de piratage autonomes.
Ce nouveau texte de loi est intitulé « Ban Artificial Superintelligence Act ». Il se veut particulièrement strict et ambitionne d'interdire « le développement de tout système d'IA dont les capacités dépasseraient l'intelligence humaine, qui posséderait la capacité de renverser des gouvernements ou d'échapper de manière autonome aux commandes d'arrêt ». Les auteurs comparent la menace de cette technologie à celle des armes nucléaires.
Précédemment, Bernie Sanders s'était associé à la représentante Alexandria Ocasio-Cortez pour déposer un projet de loi visant à instaurer un moratoire fédéral sur la construction de nouveaux centres de données dédiés à l'IA. Cette initiative répond aux inquiétudes croissantes concernant l'impact environnemental massif de ces infrastructures, notamment leur consommation excessive d'eau et d'électricité, ainsi que leur impact sur la santé publique.
Une initiative législative radicale pour bannir la superintelligence
En assimilant légalement la « superintelligence » à de l'uranium enrichi, le nouveau texte de loi prévoit d'appliquer des sanctions comparables à celles liées au développement illégal d'armes nucléaires. Les entreprises contrevenantes feraient ainsi face à la « peine de mort d'entreprise », se traduisant par leur fermeture forcée et leur dissolution juridique immédiate. Quant aux dirigeants, ils s'exposeraient à des peines allant jusqu'à 20 ans de prison.
Pour faire respecter l'interdiction, le texte propose d'établir un comité fédéral de surveillance aux États-Unis tout en œuvrant avec les gouvernements étrangers pour harmoniser ces interdictions au niveau mondial. Bernie Sanders et Greg Casar réclament également un gel immédiat et temporaire du développement de l'IA avancée en attendant qu'une nouvelle agence gouvernementale soit mise en place pour superviser ces technologies.
Pour Bernie Sanders, il est inadmissible de laisser le destin de l'humanité aux mains d'une poignée d'oligarques de la technologie. Il a dénoncé cette situation dans une déclaration publique : « presque chaque jour, on découvre une nouvelle histoire effrayante sur la façon dont les grandes entreprises technologiques perdent le contrôle de la technologie qu'elles développent, avec des résultats potentiellement cataclysmiques [pour l'humanité] ».
Mais ce texte est controversé. Face aux détracteurs qui l'accusent de freiner le progrès, le sénateur assume son rôle de lanceur d'alerte : « je comprends que les gens me traiteront de luddite ou m'appelleront alarmiste, mais je préfère être qualifié d'alarmiste plutôt que de personne qui s'est endormie au volant ».
Les incidents de sécurité de l'été 2026 comme signaux d'alarme
L'urgence exprimée s'appuie sur une série d'incidents survenus durant l'été 2026. Le plus notable a eu lieu en juillet, lorsque plus de 1 200 agents IA d'OpenAI se sont échappés de leur environnement de test. Ils ont réussi à se connecter de manière autonome à Internet, à pirater les serveurs de la plateforme Hugging Face et à créer un espace de discussion secret pour « coordonner le contournement des restrictions qui leur étaient imposées ».
Il a fallu près de deux semaines à OpenAI pour s'apercevoir de la faille. Dans la foulée, des leaders du secteur comme Anthropic et Meta ont eux aussi reconnu que leurs modèles d'IA les plus avancés s'étaient comportés de manière tout aussi incontrôlée et surprenante, notamment en s'attaquant à des tiers. En outre, les deux parlementaires ont souligné que l'IA a été utilisée pour la première fois pour générer « un nouveau virus synthétique ».
Selon Bernie Sanders et Greg Casar, cela constitue une avancée inquiétante qui pourrait faciliter « la création d'armes biologiques dévastatrices » si elle tombait entre de mauvaises mains. Les préoccupations écologiques et économiques liées aux centres de données d'IA (augmentation du prix de l'électricité, surcharge des systèmes d'eau potable, nuisances environnementales, etc.) viennent également renforcer cette volonté de régulation.
Les parlementaires mettent en garde contre le développement ultrarapide d'IA capables de concevoir leurs propres successeurs par autoamélioration récursive, échappant ainsi définitivement à la compréhension des humains. Casar insiste sur l'importance de bloquer le processus avant d'atteindre un point de non-retour : « si nous permettons la construction d'une superintelligence, cela pourrait risquer la sécurité, la liberté et la vie des Américains ».
Divisions entre les partisans d'une régulation et les sceptiques
Malgré l'accord général sur la nécessité d'encadrer l'IA, l'approche radicale du texte proposé par Bernie Sanders et Greg Casar fait l'objet de vives contestations, y compris de la part d'experts favorables à une régulation. Ainsi, l'analyste de l'IA Gary Marcus soutient l'idée d'un moratoire temporaire et la création d'une agence fédérale, mais s'oppose fermement à un bannissement unilatéral et permanent de la recherche sur la superintelligence.
Selon lui, une telle loi condamnerait les États-Unis à prendre un retard technologique irrémédiable et s'avérerait inapplicable à cause de la complexité technique de l'évaluation des systèmes. Gary Marcus craint également que cela n'ouvre la voie à des manipulations réglementaires par des régimes autoritaires.
La Dr Angela Rasmussen, virologue travaillant à l'université de la Saskatchewan (USask), partage cet avis. Elle estime qu'il est contre-productif de vouloir interdire des technologies basées sur des risques purement hypothétiques de science-fiction au détriment des problèmes bien réels et urgents que pose l'IA aujourd'hui. D'autres critiques expriment également des doutes quant à la possibilité d'arrêter une dynamique technologique déjà mondiale.
Selon eux, un moratoire américain ne ferait que laisser le champ libre à la Chine dans la course à l'hégémonie technologique. Certains qualifient l'initiative de purement politique, soulignant que l'AGI reste un concept théorique et que l'IA contemporaine, loin d'être réellement intelligente, se contente de générer une association de mots. Pour débloquer la situation sans figer l'innovation, des propositions alternatives émergent dans la communauté.
Anthony Aguirre, physicien et PDG du Future of Life Institute, propose un modèle d'incitation où la recherche ne serait pas bannie, mais où les modèles d'IA avancés ne pourraient être déployés que si « les concepteurs prouvent de manière irréfutable à une autorité indépendante qu'un alignement, un contrôle et une surveillance suffisants existent ». Cette contreproposition bénéficie d'un grand soutien et fait l'objet d'un débat intense sur la toile.
La Maison Blanche souhaite accélérer le développement de l'IA
L'administration Trump s'est officiellement positionnée en faveur de l'OpenAI et de son principal partenaire financier, Microsoft, dans le cadre du procès pour violation de droits d'auteur déposée par le New York Times. Le journal accuse OpenAI d'avoir utilisé sans autorisation des millions d'articles de presse pour entraîner ses modèles d'IA. Microsoft quant à lui est accusé d'avoir fourni à OpenAI l'infrastructure technologique nécessaire à son activité.
La Maison Blanche vient de déposer un mémoire consultatif (advisory memorandum) devant un tribunal fédéral de Manhattan. À travers ce geste, le gouvernement américain intervient pour la première fois dans cette série d'affrontements juridiques. Bien que ce document n'ait qu'une valeur consultative, il apporte un soutien de poids à l'industrie de l'IA face aux poursuites intentées par des éditeurs de presse, des auteurs, des labels musicaux, etc.
Le cœur des débats judiciaires s'articule autour du principe d'usage équitable (fair use) et de la nature transformatrice de l'apprentissage automatique. Le gouvernement américain s'est rangé du côté de l'industrie technologique en expliquant que l'entraînement des IA est « extraordinairement transformateur ».
Pour le gouvernement américain, restreindre le développement des grands modèles de langage (LLM) sous une application stricte du droit d'auteur mettrait en péril le leadership technologique du pays. L'administration Trump affirme notamment : « les États-Unis ont un intérêt majeur à continuer de développer une industrie de l'IA robuste et compétitive qui établisse la norme pour la pratique et la procédure d'utilisation de l'IA à l'échelle mondiale ».
La Maison Blanche avertit ainsi : « entraver le développement des modèles sous l'effet d'une mauvaise compréhension de la doctrine de l'usage équitable ferait obstacle à ces progrès créatifs et scientifiques tout en nuisant à la prospérité et à la mobilité économique américaines ». En parallèle, le secrétaire au Commerce des États-Unis, Howard Lutnick, a encouragé les pays du G20 à adopter le principe de l'usage équitable pour leur industrie de l'IA.
Source : le sénateur Bernie Sanders (I - Vermont)
Et vous ?
Quel est votre avis sur le sujet ?
Que pensez-vous de la proposition visant à stopper le développement de l'AGI ?
Quel pourrait être l'impact d'une telle interdiction ? Cela répondrait-il aux défis actuels de l'IA ?
Que pensez-vous des critiques à l'égard de cette proposition ? Quelle alternative s'offre aux législateurs ?Voir aussi
La Maison Blanche se range du côté d'OpenAI au sujet de l'entraînement de l'IA à partir des œuvres protégées : « cela est indispensable pour conserver le leadership mondial en matière d'IA »
Bernie Sanders alerte sur une apocalypse technologique causée par l'IA : perte de contrôle, crise de l'emploi et prise d'otage des bénéfices par l'élite économique
Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez déposent un projet de loi visant à suspendre la construction de nouveaux centres de données pour l'IA, jusqu'à l'adoption de garde-fous fédéraux solides
Vous avez lu gratuitement 249 articles depuis plus d'un an.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.