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Le meilleur allié de Sam Altman au procès qui pourrait redessiner l'avenir de l'IA ? Elon Musk lui-même
Qui n'a pas réussi à traverser un contre-interrogatoire sans se contredire

Le , par Stéphane le calme

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Le meilleur allié de Sam Altman au procès qui pourrait redessiner l'avenir de l'IA ? Elon Musk lui-même,
qui n'a pas réussi à traverser un contre-interrogatoire sans se contredire

Il venait défendre sa cause devant un jury fédéral. Il a surtout réussi à rendre Sam Altman sympathique. En trois jours de témoignage au tribunal fédéral d'Oakland, en Californie, Elon Musk n'a pas seulement exposé les travers supposés d'OpenAI, il a surtout exposé les siens. Entre contradictions documentées, esquives répétées et éclats de colère, le fondateur de Tesla, SpaceX et xAI a offert à l'avocat adverse une masterclass en auto-sabotage judiciaire.

La correspondante de The Verge, présente dans la salle d'audience, a noté dans ses carnets après cinq heures de débats : « Je n'ai jamais eu autant de sympathie pour Sam Altman de ma vie. » Ce n'était pas un compliment pour Altman; c'était un constat sur Musk. Le procès s'est ouvert le 28 avril 2026 avec la sélection d'un jury de neuf personnes, dans une salle d'audience déjà chargée en tension. La juge Yvonne Gonzalez Rogers, connue pour avoir présidé l'affaire Epic Games contre Apple en 2021, avait dès le premier jour fixé le ton : fermeté, pas de posture, pas de réseaux sociaux. « Laissez la procédure suivre son cours. Vous n'avez peut-être jamais fait ça auparavant. Ce serait une première », avait-elle lancé aux deux camps, allusion transparente à la guerre de mots que Musk et Altman se livrent depuis des mois sur X et dans la presse.

Musk a été le premier à monter à la barre, premier témoin de sa propre cause. Son témoignage direct, conduit par son avocat Steven Molo, avait une forme de cohérence narrative. L'homme racontait son histoire : le visionnaire qui avait cru à une mission humaniste, qui avait mis son argent et sa réputation au service d'un projet altruiste, et qui avait progressivement découvert que ses associés le trahissaient. Même si Molo multipliait les questions orientées pour guider son client vers les bonnes formules, le tableau tenait debout.

Puis William Savitt, l'avocat principal d'OpenAI, a pris la parole pour le contre-interrogatoire. Et tout s'est effondré.

« Je ne perds pas mon calme », la phrase qui allait revenir le hanter

Le matin, lors de son témoignage direct, Musk avait glissé deux affirmations qui semblaient anodines sur le moment : « Je ne perds pas mon calme » et « Je ne crie pas sur les gens. » Il avait concédé avoir peut-être traité quelqu'un de « crétin » (jackass en anglais), mais dans un sens purement affectueux, avait-il précisé, comme on dirait à un ami « ne fais pas l'idiot ». La salle avait ri poliment.

Savitt a attendu son heure. Puis il a posé des questions simples, précises, factuelles. Des questions auxquelles Musk avait répondu sans problème lors de sa déposition préalable, des mois plus tôt. Et progressivement, Musk a commencé à dériver. Refus de répondre par oui ou par non. Reformulations alambiquées. Accusations lancées contre l'avocat d'OpenAI : « Vos questions sont conçues pour me piéger », « Ce n'est pas vrai », quand Savitt expliquait faire de son mieux pour être équitable.

À un moment, devant une question sur un document de quatre pages qu'il avait reconnu n'avoir lu qu'en partie, Musk a haussé la voix : « J'ai dit que je n'avais pas regardé de près ! J'ai lu le titre ! »

La juge Gonzalez Rogers, qui avait à plusieurs reprises invité Musk à répondre simplement, a commenté après la sortie du jury : « Il était parfois difficile. Une partie de mon rôle est simplement de faire avancer le témoignage. » Ce n'est pas la chose qu'un plaignant espère entendre de la bouche d'un juge fédéral à l'issue de sa première semaine à la barre.

Des jurés ont été aperçus en train d'échanger des regards. Une femme se frottait le front. L'effet produit sur les personnes qui devront se prononcer sur son cas n'a visiblement pas été celui escompté.


Le portrait qu'a dessiné le contre-interrogatoire : un homme évincé, pas trahi

Au fil des échanges, Savitt a méthodiquement construit une version alternative des faits et les documents exhumés lui ont considérablement facilité la tâche. L'image du philanthrope idéaliste trahi laissait progressivement place à celle d'un entrepreneur dont l'ego avait été froissé par une perte de contrôle.

Selon les éléments exposés à l'audience, Musk avait dans un premier temps exigé quatre sièges au conseil d'administration d'OpenAI et 51 % du capital de la future structure commerciale. Les autres cofondateurs (Altman, Brockman et leurs associés) se partageraient trois sièges, soumis au vote des actionnaires. Musk a certes soutenu que le plan prévoyait à terme un conseil élargi à douze membres, et que sa part se diluerait avec le temps. Mais la structure initiale lui conférait un contrôle sans ambiguïté, et les documents internes versés au dossier en témoignaient.

L'avocat d'OpenAI a rappelé dans son introduction ce qu'il considère comme le vrai moteur de toute cette affaire : « Nous sommes ici parce que M. Musk n'a pas eu ce qu'il voulait chez OpenAI. C'est ce qui s'est passé. Il a démissionné en disant qu'ils allaient certainement échouer. Mais mes clients ont eu l'audace de continuer et de réussir sans lui. »

Quand ses exigences de contrôle n'ont pas été satisfaites, Musk a cessé ses versements trimestriels à OpenAI. Puis il a recruté Andrej Karpathy, décrit comme le deuxième meilleur ingénieur de l'organisation à l'époque, au profit de Tesla, en 2017. Problème : Musk siégeait encore au conseil d'administration d'OpenAI, avec les obligations fiduciaires qui en découlent. Interrogé sur le fait qu'il n'avait pas tenté de retenir Karpathy au sein d'OpenAI lorsqu'il a appris que celui-ci souhaitait partir, Musk a répondu sans ciller : « Je pense que les gens ont le droit de travailler où ils veulent. » Une réponse qui, dans la salle d'audience, a sonné comme un aveu habillé en principe.

En 2018, Musk envoyait des e-mails à Ilya Sutskever et Greg Brockman pour leur signifier qu'OpenAI était sur « la voie d'un échec certain » avec sa structure actuelle. Sa solution proposée : fusionner OpenAI avec Tesla. « Tesla est le seul acteur qui pourrait espérer tenir la chandelle face à Google », écrivait-il. Le projet n'a pas abouti (les cofondateurs ont rejeté l'idée) et Musk a quitté le conseil d'administration la même année. Quelques années plus tard, il lançait xAI, son propre laboratoire d'intelligence artificielle.

Un document de quatre pages, lu en diagonale

L'un des moments les plus révélateurs du procès a porté sur un mémo de quatre pages décrivant la structure du futur bras commercial d'OpenAI, transmis à Musk aux alentours de 2018. À la barre, ce dernier a reconnu n'avoir lu que le premier encadré : « l'avertissement important » indiquant que les contributions des donateurs devaient être considérées comme des dons sans expectative de retour financier.

Savitt a demandé si Musk avait formulé la moindre objection à la structure proposée au moment de la réception du document. Musk a reconnu qu'il n'était pas allé plus loin dans la lecture. Savitt a alors relevé, simplement : « C'est un document de quatre pages. »

La suite a été encore plus embarrassante. Savitt a exhumé la déposition préalable de Musk, dans laquelle ce dernier avait déclaré ne pas être sûr d'avoir lu le document, et certainement pas de l'avoir lu attentivement. Nulle part dans cette déposition, Musk n'avait mentionné avoir lu le premier paragraphe (la version qu'il donnait désormais à la barre). Face à cette contradiction, et après des tentatives répétées pour esquiver, Musk a fini par hausser la voix : « J'ai dit que je n'avais pas regardé de près ! J'ai lu le titre ! »

C'est précisément ce genre de moment qui fait les procès. Peu importe que Musk ait raison sur le fond. Ce qu'a vu le jury, c'est un homme qui crie sur un avocat en niant qu'il peut crier, pour défendre une version des faits qui contredisait sa propre déposition.


Dès 2016, ses propres doutes sur le modèle non lucratif

Le contre-interrogatoire a également exhumé une correspondance particulièrement inconfortable pour la cohérence d'ensemble du récit de Musk. En 2016, dans un e-mail à un collègue de Neuralink, il écrivait : « Deepmind avance très vite. Je crains qu'OpenAI ne soit pas sur la bonne trajectoire. Avoir opté pour un statut non lucratif était peut-être, avec le recul, une mauvaise décision. Le sentiment d'urgence n'est pas suffisant.»

Ce message contredit directement la thèse centrale de Musk, selon laquelle le statut non lucratif était sacré et toute déviation vers une entité a but lucratif est une trahison fondamentale. Quand Savitt lui a présenté ses propres mots, Musk a tenté de les minimiser : « C'était une hypothèse. » Savitt a insisté : « Ce sont vos mots, oui ou non ? » Après plusieurs esquives, Musk a finalement dû acquiescer. Obtenir cet aveu, selon les observateurs présents, avait mobilisé un effort considérable.

Il y avait également, en filigrane, une contradiction structurelle plus large que Savitt n'a pas manqué de soulever. Musk a fondé xAI en 2023 en tant que société commerciale à mission d'intérêt public (public benefit corporation)... avant d'abandonner ces engagements en 2024, puis de fusionner xAI avec X en 2025 et avec SpaceX en 2026. La trajectoire de ses propres structures est, pour le moins, difficile à distinguer de celle qu'il reproche à OpenAI.


La stratégie de l'épuisement se retourne contre son auteur

Avec le recul des trois premiers jours d'audience, une tendance claire se dégage : Musk semblait vouloir rendre le contre-interrogatoire aussi éprouvant que possible pour Savitt, en refusant de répondre directement, en noyant chaque question dans des circonvolutions, en attaquant la bonne foi de l'avocat adverse. La tactique est connue dans les cercles judiciaires et elle peut fonctionner dans certains contextes. Mais elle suppose que le jury soit de votre côté, ou qu'il soit suffisamment désabusé pour ne voir dans l'ensemble qu'un affrontement entre deux égos de milliardaires.

Or, dès la sélection du jury, un signal d'alarme avait retenti. Beaucoup de candidats jurés avaient exprimé une opinion négative de Musk, notamment en raison de ses activités politiques récentes; son association avec l'administration Trump, son rôle au sein du DOGE, ses prises de position clivantes sur X. La juge Rogers avait elle-même dû signaler ce problème à l'audience : « La réalité est que les gens ne l'aiment pas. Beaucoup de gens ne l'aiment pas. Cela ne signifie pas pour autant que les Américains ne peuvent pas avoir l'intégrité nécessaire pour respecter le processus judiciaire. » Le jury finalement retenu était composé en majorité de personnes ayant déclaré une opinion neutre sur Musk, ou sur l'IA en général.

Dans ce contexte, la stratégie de l'épuisement est une prise de risque considérable. Refuser de répondre à des questions simples, tergiverser sur la chronologie pour esquiver ses responsabilités d'administrateur avant 2018, invoquer la complexité des questions quand l'adversaire demande un simple oui ou non, tout cela ne passe pas inaperçu. Cela donne l'impression d'un homme qui dissimule, même quand la vérité qu'il cherche à cacher lui est peut-être favorable.

Des enjeux qui dépassent le prétoire

Derrière les escarmouches tactiques et les moments d'anthologie, les enjeux réels du procès restent considérables. Musk réclame 130 milliards de dollars de dommages-intérêts, le retour d'OpenAI à une structure purement non lucrative, et l'éviction d'Altman et de Brockman. Le jury de neuf personnes remettra un verdict consultatif à la juge Gonzalez Rogers, qui tranchera in fine sur les réparations.

OpenAI, pendant ce temps, prépare une introduction en bourse qui pourrait être l'une des plus spectaculaires de l'histoire de la tech. La société est valorisée autour de 852 milliards de dollars. Une victoire de Musk mettrait à mal ses plans d'IPO et offrirait à xAI (absorbée dans SpaceX, bien plus petite) un répit stratégique précieux. Musk a lui-même reconnu sous serment que xAI ne détenait pour l'heure qu'une « très petite part de marché » face au leader du secteur.

Sam Altman, Greg Brockman et Satya Nadella de Microsoft doivent encore témoigner. Altman, qui n'était pas dans la salle pendant une grande partie du témoignage de Musk, a de son côté fait une apparition en vidéo préenregistrée lors d'un événement AWS le jour de l'ouverture des débats, avant de déclarer que « son agenda avait été bouleversé ». La formule a été largement relevée. En février, il avait écrit sur les réseaux sociaux qu'il était « vraiment impatient de voir Elon sous serment dans quelques mois. Noël en avril ! » Il reste trois semaines de procès. Ce que l'on sait déjà, c'est que le pire ennemi d'Elon Musk dans cette salle d'audience, c'est Elon Musk.

Source : vidéo dans le texte

Et vous ?

Un témoin qui refuse systématiquement de répondre par oui ou par non peut-il convaincre un jury populaire, même s'il a raison sur le fond ?

Le contrôle qu'exigeait Musk en 2016-2018 sur OpenAI était-il d'une nature fondamentalement différente de celui qu'exercent aujourd'hui Altman et Microsoft ?

Le recrutement de Karpathy par Tesla alors que Musk siégeait encore au conseil d'OpenAI constitue-t-il une violation réelle de son obligation fiduciaire et cela affaiblit-il son dossier ?

Si Musk avait des doutes sur le modèle non lucratif dès 2016, pourquoi avoir attendu 2024 pour saisir la justice ?

La capacité à gérer l'adversité d'un contre-interrogatoire judiciaire dit-elle quelque chose sur la capacité d'un dirigeant à construire des organisations durables ?

Voir aussi :

OpenAI révèle qu'Elon Musk voulait en faire une entreprise à but lucratif dont il aurait eu le contrôle total. Il a exigé une participation majoritaire et insistait pour occuper le poste de PDG

Microsoft et OpenAI ont signé un accord non contraignant établissant de nouvelles conditions qui permettraient à OpenAI de se restructurer en une société à but lucratif

Musk et Altman s'affrontent au tribunal : Elon Musk veut prouver qu'OpenAI a renoncé à sa mission de rester une organisation à but non lucratif au service de l'humanité
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Avatar de jnspunk
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 02/05/2026 à 8:12
Si 2 personnes A et B commettent un crime, pourquoi excuserait-on le crime de la personne B sous prétexte que la personne A en a commis un aussi ?
Je sais bien que dans le cas d'Elon Musk et d'OpenAI ne sont pas comparables à des crimes, mais la logique de la défense d'OpenAI qui est d'attaquer la crédibilité d'Elon Musk pour se rendre eux-mêmes "excusables" n'est-elle pas un peu la même ?
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