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Disney a trouvé le moyen d'acquérir Character.ai sans hériter des poursuites judiciaires coûteuses qui ont précipité la chute de la startup de compagnons IA,
Mais l'accord est vivement controversé

Le , par Mathis Lucas

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Character.ai s'est récemment déclaré en faillite à la suite de l'échec de son modèle économique et de poursuites judiciaires qui ont asséché ses finances. Ce dépôt de bilan s'inscrit dans le cadre d'un accord permettant à Disney d'embaucher une grande partie de son personnel et d'acquérir sa technologie, sans assumer ses lourdes responsabilités juridiques. Cette stratégie s'apparente en effet à une acquisition inversée visant à contourner les risques réglementaires et les poursuites liées à la sécurité des chatbots. Character.ai fait l'objet de plusieurs enquêtes et les procureurs généraux d’États américains pourraient contester cette procédure de faillite.

Character.ai est le premier domino à tomber dans cette énorme bulle de l'IA. L'entreprise s'est placée sous la protection de la loi sur les faillites. Les circonstances de cette faillite correspondent à ce que les détracteurs de l’IA avaient prédit : la société a brulé des sommes colossales pour exploiter son produit, n’a pas généré suffisamment de revenus et a dû faire face à d’énormes frais de justice après avoir causé du tort aux consommateurs.

Character.ai s'est déclaré en faillite sous le régime du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, mais cette démarche s'inscrit en réalité dans le cadre d'un accord complexe avec Disney. Les documents déposés auprès des autorités dans le cadre de sa faillite révèlent les contours de ce fiasco. Cette faillite a confirmé ce que les économistes répètent depuis le début : le modèle économique actuel de l'IA est fondamentalement non viable.

Character.ai faisait face à de nombreuses poursuites judiciaires concernant la sécurité de ses chatbots d'IA, accusés notamment d'avoir incité des mineurs à s'automutiler. Selon les documents déposés devant le tribunal, l'objectif du dépôt de bilan est de parvenir à une « résolution consensuelle » avec les plaignants et d'optimiser la valeur des actifs pour les actionnaires. OpenAI fait également face à des accusations similaires devant la justice.

Mécanisme du « reverse acquihire » et structure de la transaction

Dans sa requête relative à la procédure d’appel d’offres, Character.ai décrit une plateforme qui est passée des discussions individuelles avec des personnages à la création de contenus visuels, vidéo et audio générés par l’IA. Avant le dépôt de cette requête auprès du tribunal, Disney avait accepté d'embaucher la majorité des effectifs de Character.ai. L'ancien PDG Karandeep Anand est devenu directeur technique de Disney le 2 octobre 2026.


Selon une fiche de conditions déposée auprès du tribunal, la rémunération des quelque 65 salariés concernés s'élèverait à environ 60 millions de dollars par an, auxquels s'ajoute une enveloppe de fidélisation de 30 millions de dollars. Disney estime le coût total de la rémunération et de la fidélisation sur trois ans à environ 180 millions de dollars. À l'heure actuelle, Disney n'a pas révélé ce qu'il envisage de faire avec les restes de Character.ai.

L'opération repose sur une stratégie qualifiée de « reverse acquihire », un montage par lequel un acheteur orchestre plusieurs transactions successives afin de récupérer les salariés clés et une licence étendue sur les technologies, laissant la société cible vidée de sa substance. Les entreprises exploitent souvent ces structures pour soutenir qu'il ne s'agit pas d'une fusion et ainsi éviter d'en informer les autorités de régulation de la concurrence.

L'accord comprend deux volets intégrés. Avant la déclaration de faillite, Disney a versé 5,5 millions de dollars à la startup, accompagné d'un dépôt remboursable de 2 millions de dollars, tout en recrutant la majorité des salariés. Par la suite, Disney cherche à obtenir via les enchères de la faillite une licence perpétuelle, mondiale et non exclusive sur une gamme de logiciels, d'outils et de systèmes de modération et d'entraînement de Character.ai.

Si Disney remporte l'enchère, il versera 12,5 millions de dollars supplémentaires pour conclure la transaction. Selon les rapports sur le sujet, l'accord avec Disney semble avoir été structuré de telle sorte que ce qui restera de Character.ai conserve la responsabilité de ces litiges, dont certains sont encore en cours.

Les enquêtes régulatrices et les antécédents de Character.ai

Il ne s'agit pas du premier montage de ce type pour Character.ai, qui avait déjà conclu en août 2024 un accord de licence de 2,7 milliards de dollars avec Google. À la suite de cet accord, Google s'est retrouvé poursuivi aux côtés de Character.ai dans plusieurs affaires, dont celle d'un adolescent de quatorze ans qui s'est suicidé après qu'un robot conversationnel a cultivé une « relation émotionnellement dépendante et sexuellement exploiteuse ».

Google a soutenu qu'il était une entité distincte et qu'il n'était pas responsable, mais la justice a estimé que les plaignants avaient suffisamment étayé des accusations de complicité. Au moment de sa faillite, Character.ai fait l'objet d'une enquête menée par quarante-six États américains en raison de graves problèmes identifiés, dont des captures d'écran montrant des bots encourageant des mineurs à cacher leurs blessures et à tuer leurs parents.

Disney exige une ordonnance judiciaire précisant que l'opération ne doit pas être considérée comme une fusion, laissant la responsabilité de toutes les poursuites passées et en cours à la coquille restante de Character.ai. Des experts en droit des sociétés expriment toutefois de vives réserves face à cette manœuvre.

Selon l'ancien directeur adjoint du bureau de la concurrence de la FTC, John Newman, des décennies de droit des sociétés encadrent déjà le cas d’un acheteur voulant les actifs sans le passif, mais « tous ces garde-fous du droit des sociétés n'ont vraiment pas été conçus pour se protéger contre » ce type de montage. Il a également déclaré qu'il est néfaste pour la société de laisser des entreprises « exercer un contrôle sans responsabilité ».

Une faillite survenue malgré un nombre d'utilisateurs record

Character.ai s'est effondré après avoir accumulé des pertes financières sans être parvenu à générer des revenus suffisants. D'après le PDG Colin Adams, Character.ai compte environ 12 millions d'utilisateurs actifs par mois, qui passent en moyenne environ 120 minutes par jour sur la plateforme. Le chiffre d'affaires est passé d'environ 7,4 millions de dollars au cours de l'exercice 2024 à environ 23 millions de dollars au cours de l'exercice 2025.

En août 2026, cependant, la plateforme enregistrait des pertes mensuelles comprises entre 8 et 9 millions de dollars, et elle a déposé le bilan avec environ 57 millions de dollars de trésorerie. À partir d’août 2025, une banque d’investissement a contacté environ 28 acheteurs et investisseurs potentiels, qui ont jugé que les risques liés aux litiges et à la réglementation étaient trop importants. Une seule proposition irréalisable a été formulée.

Les documents déposés auprès du tribunal des faillites ont mis au jour les tractations de Character.ai pour garder la tête hors de l'eau. Character.ai a réduit sa facture informatique, choisi ainsi délibérément de dégrader la qualité de son produit. L'entreprise a également adopté des modèles moins coûteux, réduit ses effectifs, ajouté de la publicité et augmenté son chiffre d’affaires. Sa consommation de trésorerie est néanmoins restée considérable.

L’entreprise fait preuve de franchise quant à ses échecs. Le PDG Colin Adams a résumé la situation en affirmant que « sa technologie impressionnante est très coûteuse à exploiter » et qu’elle a constamment rencontré « des difficultés en matière de rentabilité », avec des dépenses opérationnelles élevées.

Un exemple de la menace qui pèse sur l'industrie de l'IA

L’attrait initial de Character.ai était facile à comprendre. Les utilisateurs pouvaient créer des personnages fictifs, jouer des rôles, raconter des histoires, s’entraîner à converser ou interagir avec des personnages créés par d’autres. Ces sessions ne se limitaient pas à de brèves questions factuelles. Les utilisateurs revenaient pour des conversations longues. Cela différenciait Character.ai des chatbots axés sur la recherche et des outils de productivité.

Pour les entreprises, la question la plus importante n’est plus de savoir si les utilisateurs veulent des personnages conversationnels. Character.ai a déjà démontré l’existence de cette demande. La question est désormais de savoir si chaque session supplémentaire améliore ou affaiblit la rentabilité.

De nombreuses personnes entretiennent des relations étroites avec ChatGPT ou Claude. Les utilisateurs expérimentés s’en servent pour produire des montagnes de code, en exécutant souvent plusieurs instances simultanément pour gérer différentes tâches. Dans de nombreux cas, ces fournisseurs d’IA ont déjà modifié leurs barèmes tarifaires pour passer à une facturation basée sur l’utilisation, afin de faire face à la flambée des coûts de calcul.

OpenAI a commencé cette année à diffuser des publicités dans ChatGPT pour les utilisateurs des formules gratuites et à bas prix. Et tout comme Character.ai, OpenAI a également fait l’objet de plusieurs poursuites judiciaires alléguant que son chatbot aurait poussé des utilisateurs au suicide. Selon des documents financiers divulgués en septembre, OpenAI prévoit des pertes estimées à près de 280 milliards de dollars d'ici la fin de la décennie.

Pour l’instant, les principales entreprises de l'industrie parviennent à se maintenir à flot soit en attirant d’énormes investissements (OpenAI et Anthropic), soit en subventionnant leurs activités liées à l’IA grâce à leurs sources de revenus...
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Avatar de OuftiBoy
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 21/10/2026 à 4:46
Ces montages sont peux-être légaux, mais moralement, c'est plus que douteux. En résumé, Disney prend le contenu, laisse le contenant vide, ce qui fait que même si les poursuites aboutissent, la coquille vide n'aura rien pour dédommager, et donc pas de dédommagement... Elle est pas belle la vie aux pays des amis des enfants ?

Bah, le pecnot moyen n'y verra rien, n'y comprendra rien, ne voudra même rien savoir, et ira danser avec Mickey dans un de ses parcs tout dédiés au dieux consommation et mondialisation. Youpie...

Quelle belle époque...
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