L’UE propose des mesures visant à renforcer sa souveraineté numérique et à réduire sa dépendance aux technologies américainesle plan cible les centres de données, l'IA, les micropuces et les logiciels
La Commission européenne a dévoilé une stratégie industrielle ambitieuse visant à renforcer la souveraineté numérique du continent face à la domination des géants américains. Ce plan prévoit d'investir massivement dans le cloud et l'IA afin de soutenir l'émergence de champions locaux tout en réduisant les dépendances stratégiques. Pour protéger les secteurs publics sensibles, Bruxelles propose de soumettre les fournisseurs étrangers à des évaluations de risques rigoureuses et à des critères de confiance accrus. Cette initiative cherche à transformer l'économie numérique européenne en favorisant l'innovation interne et la sécurité des données des citoyens.
L'UE déploie une nouvelle stratégie industrielle visant à réduire sa dépendance à l'égard des fournisseurs de technologies étrangers, en particulier américains. Ce plan de souveraineté technologique, en partie motivé par l'utilisation stratégique de cette dépendance par l'ancien président américain Donald Trump, cherche à sécuriser les infrastructures critiques européennes telles que les hôpitaux, les réseaux électriques et les services essentiels.
Plutôt que d'entrer en conflit direct avec les Big Tech américains (comme Microsoft, Google et Amazon, qui dominent largement le marché et captent une grande partie des 264 milliards d'euros dépensés annuellement par l'UE dans ce domaine), la Commission européenne privilégie une approche à long terme. L'objectif principal est de soutenir et de développer les entreprises du continent pour qu'elles puissent concurrencer leurs rivaux d'outre-Atlantique.
Le plan de souveraineté technologique de l'UE est une réponse à la prise de conscience (tardive) que le fait de s'appuyer fortement sur des entreprises américaines peut être une arme à double tranchant, en particulier lorsque ces entreprises sont influencées par des agendas politiques.
Les mesures phares pour le développement du cloud et de l'IA
Les responsables européens se montrent enthousiastes au sujet de cette initiative. Le cœur de cette initiative repose sur le projet de loi européen sur le développement du cloud et de l'IA (Cloud and AI Development Act). Ce texte prévoit d'orienter les financements publics vers des produits favorisant l'économie et l'indépendance européennes, de réduire les lourdeurs administratives pour les centres de données et de renforcer la recherche et l'innovation.
Le texte impose également aux gouvernements nationaux de créer des stratégies pour l'adoption des technologies de pointe, comme l'IA, et encourage le partage des capacités numériques via un nouveau forum baptisé « Eurocloud ». En complément, le plan de souveraineté prévoit de réviser la loi de 2023 sur les puces électroniques au moyen de nouvelles initiatives industrielles, afin de stimuler la demande européenne en semiconducteurs avancés.
Le plan contient également des exigences en matière de sécurité. Afin de protéger les secteurs publics sensibles, la Commission souhaite pouvoir évaluer la fiabilité des pays tiers. Les gouvernements de l'UE auront l'obligation de réaliser une évaluation des risques de souveraineté pour chaque service numérique qu'ils utilisent, en analysant le contrôle étranger, l'accès potentiel aux données sensibles et les risques de perturbation opérationnelle.
Selon la responsable européenne de la technologie, Henna Virkkunen, quatre niveaux de souveraineté ont été définis. Les niveaux les plus élevés imposent des exigences extrêmement strictes pour empêcher toute possibilité de coupure unilatérale ou d'ingérence étrangère. Le « Cloud Act » américain, qui oblige les entreprises basées aux États-Unis à fournir les données hébergées sur leurs serveurs, rend difficile l'atteinte de ces exigences maximales.
Une approche multiforme qui cible les technologies émergentes
En investissant dans ses propres infrastructures technologiques et dans l'innovation, l'UE envoie un message clair : elle souhaite devenir une actrice clé du paysage technologique mondial, et non pas se contenter d'être une simple consommatrice de technologies américaines. Néanmoins, la Commission estime que seul un pour cent des services publics européens sont d'une sensibilité telle qu'ils nécessiteraient l'exclusion totale des technologies étrangères.
Ce qui ressort immédiatement de cette stratégie, c'est l'accent mis par l'UE sur les technologies critiques telles que l'IA et les micropuces. Ces secteurs constituent l'épine dorsale des économies modernes, et en consolidant sa position dans ces domaines, l'UE assure la pérennité de son économie numérique. La stratégie de souveraineté technologique de l'UE est multiforme et cible divers secteurs technologiques. Voici un résumé de cette approche :
centres de données : l'UE vise à réduire sa dépendance vis-à-vis des centres de données américains, qui sont souvent soumis aux lois américaines en matière de surveillance. Cette évolution vers la souveraineté des données constitue une étape cruciale pour protéger la vie privée des citoyens européens et garantir l'autonomie numérique de l'Union ;
intelligence artificielle : Bruxelles investit dans la recherche et le développement en matière d'IA afin de favoriser l'innovation européenne et de réduire la dépendance vis-à-vis des technologies américaines dans ce domaine. Il s'agit d'une initiative stratégique, car l'IA devient de plus en plus un moteur clé de la croissance économique et un outil essentiel pour divers secteurs ;
micropuces : la Commission, en collaboration avec des pôles de recherche, envisage la création d’une usine de puces de pointe en Europe. Cette initiative vise à remédier à la pénurie mondiale de puces et à réduire la dépendance de l’UE vis-à-vis des fabricants de puces asiatiques et américains ;
logiciels : l’UE promeut les logiciels libres et encourage le développement d’alternatives européennes aux suites logicielles américaines populaires. Cette initiative permet non seulement de réduire la dépendance, mais aussi de favoriser la concurrence et l’innovation dans le secteur des logiciels.
Le projet de l'UE en matière de souveraineté technologique est ambitieux, et son succès dépendra de divers facteurs. Selon les commentaires des analystes, le principal défi consistera à trouver un équilibre entre la nécessité d'une innovation rapide et le cadre réglementaire strict de l'UE. Si les réglementations sont indispensables pour protéger les consommateurs et garantir des pratiques éthiques, elles peuvent parfois freiner l'innovation.
De plus, l'UE devra naviguer dans le réseau complexe des relations internationales et des tensions commerciales potentielles qui pourraient découler de sa volonté d'affirmer sa souveraineté technologique. Les Big Tech américains se sentent menacés. La décision de l'UE de réserver des fréquences satellitaires, par exemple, pourrait conduire à une confrontation avec les États-Unis, qui dominent actuellement le secteur des technologies spatiales.
Une coopération maintenue avec les Big Tech américains
Il ne s'agit pas d'une rupture brutale. Malgré cette volonté d'indépendance, plusieurs gouvernements européens estiment qu'une rupture totale avec la technologie américaine n'est ni réaliste ni souhaitable. La Commission prend d'ailleurs soin de souligner que ces nouvelles mesures ne visent pas spécifiquement les entreprises américaines, dans un contexte où le Parlement européen finalise un accord commercial controversé avec les États-Unis.
De plus, les entreprises américaines pourraient conserver un accès élevé au marché européen grâce aux accords existants sur la confidentialité des données et aux garanties mises en place par ces entreprises pour lutter contre les ingérences étrangères. La place qu'occupera le secteur technologique américain dans les secteurs sensibles de l'économie européenne dépendra finalement de la version définitive de la législation et de son application.
Conclusion
Le projet de l'UE pour réduire sa dépendance numérique aux États-Unis est ambitieux et pourrait transformer le paysage technologique mondial. Si le chemin vers la souveraineté technologique est semé d'embûches, des analystes estiment que la détermination et l'approche stratégique de l'UE lui offrent une chance de s'imposer. Les Big Tech américains tels que Google, Microsoft et Amazon craignent déjà pour leur place sur le marché européen.
Le Parlement européen envisagerait de délaisser Google Search au profit du moteur de recherche français Qwant. C’est ce que suggèrent certains rapports tirés d’une communication en interne au sein de l’instance européenne. La manœuvre viserait à promouvoir la souveraineté numérique et à protéger la vie privée des utilisateurs. Cela dit, Selon plusieurs rapports, Qwant est considéré par certains analystes comme une surcouche de Microsoft Bing.
En France, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie, les gouvernements investissent à l'échelle nationale et transnationale dans le développement de plateformes et d'outils numériques open source pour la gestion des chats, des vidéos et des documents. En Suède, un système similaire développé localement pour le chat, la vidéo et la collaboration en ligne, fonctionne dans des centres de données nationaux plutôt que dans des clouds étrangers.
Source : la Commission européenne
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