La bataille juridique entre Elon Musk et Sam Altman apporte son lot de révélations. Des courriels remontant à 2015 donnent un aperçu des fondements d'OpenAI et des tensions qui régnaient au sein de l'entreprise dès ses débuts. Ces révélations surviennent alors que l'entreprise traverse une période de turbulences internes profondes. OpenAI a souligné l'hypocrisie d'Elon Musk et affirme que ce dernier était partisan d'un projet visant à transformer la startup en entreprise lucrative avant son départ. De son côté, Elon Musk s'est montré particulièrement confus lors des premières auditions. Le milliardaire s'est notamment contredit à plusieurs reprises.Le 28 avril 2026, la juge fédérale Yvonne Gonzalez Rogers a ouvert le procès historique entre deux des acteurs les plus puissants de l'industrie technologique et de la course à l'IA, Elon Musk et Sam Altman, à Oakland. L'avocat principal d'Elon Musk, Steven Molo, a posé le décor dès son discours d'ouverture : « mesdames et messieurs, nous sommes ici aujourd'hui parce que les défendeurs dans cette affaire ont volé une organisation caritative ».
La thèse d'Elon Musk est simple dans son énoncé, mais complexe à défendre juridiquement : le milliardaire soutient que Sam Altman, Greg Brockman et Microsoft ont dévoyé OpenAI de sa mission originelle, à savoir développer l'AGI (l'intelligence artificielle générale) pour le bénéfice de l'humanité, pour en faire une machine à profits, aujourd'hui valorisée près de 852 milliards de dollars. En face, la défense d'OpenAI a rapidement contre-attaqué.
L'avocat d'OpenAI, William Savitt (également appelé Bill Savitt), a déclaré lors de l'audience : « nous sommes ici parce que M. Musk n'a pas obtenu ce qu'il voulait chez OpenAI. Il a soutenu le passage à une entreprise à but lucratif à condition qu'il la contrôle à 55 % ». Selon cet argument, Elon Musk aurait utilisé sa promesse de don d'un milliard de dollars comme levier de chantage, avant de claquer la porte après n'avoir versé que 38 millions.
Des contradictions flagrantes et des concessions juridiques
Lors de son témoignage de trois jours au tribunal fédéral d'Oakland, Elon Musk a tenté de démontrer qu'OpenAI avait trahi sa mission originelle de but non lucratif au profit d'intérêts financiers privés menés par son PDG Sam Altman. Cependant, cette phase initiale du procès a été marquée par plusieurs difficultés pour le milliardaire, qui a vu sa crédibilité mise à rude épreuve face à l'avocat d'OpenAI, William Savitt, au cours de plusieurs auditions.
L'un des premiers revers majeurs pour Elon Musk réside dans sa gestion de l'interrogatoire, au cours duquel il a fini par faire plusieurs concessions importantes malgré les objections répétées de ses propres avocats. Sa crédibilité a été davantage fragilisée par une apparence de malhonnêteté, car l'avocat de la défense a présenté divers documents, emails et publications sur les réseaux sociaux qui contredisaient directement ses déclarations à la barre.
Par exemple, alors qu'il affirmait que Tesla ne cherchait pas à développer une AGI, Elon Musk a été confronté à l'un de ses propres messages affirmant le contraire. Dans un autre registre, il a paru peu sincère lorsqu'il a admis ne pas savoir ce qu'étaient les fiches de sécurité ou « safety cards », alors que sa propre entreprise d'IA, xAI, en émet précisément pour son modèle Grok. En outre, le milliardaire a affiché un tempérament difficile à maîtriser.
Le comportement d'Elon Musk durant le procès a également été source de tensions, notamment lorsqu'il a dû s'expliquer sur son attitude envers les équipes de sécurité. Il a été confronté au fait d'avoir qualifié les experts en sécurité d'OpenAI de « jackasses » (pouvant se traduit en français par crétins). Il a tenté de justifier cette remarque comme une tactique de management destinée à « bousculer les employés pour les maintenir sur la bonne voie ».
La remise en question des motivations réelles d'Elon Musk
Les premières auditions se sont révélées embarrassantes pour Elon Musk. Après avoir assuré solennellement devant le jury qu'il ne perdait jamais son sang-froid et ne criait jamais sur les gens, le milliardaire a fini par élever la voix de manière véhémente contre l'avocat d'OpenAI suite à une série de questions pressantes. Ce contraste entre ses affirmations et son comportement en direct a lourdement pesé sur son image auprès du juge et des jurés.
La défense d'OpenAI a réussi à porter le débat sur des terrains qu'Elon Musk aurait préféré éviter, notamment en obtenant le droit d'examiner le bilan de sécurité de sa propre startup d'IA. Ce revers affaiblit sa posture de sauveur de l'humanité protégeant la mission éthique d'OpenAI, d'autant plus que xAI a été critiquée pour ses propres manquements. Enfin, les avocats d'Elon Musk n'ont pas réussi à exclure du dossier ses liens avec Donald Trump.
La juge fédérale Yvonne Gonzalez Rogers a accepté d'entendre des discussions sur ce sujet, OpenAI arguant qu'Elon Musk aurait utilisé son influence politique auprès de la Maison Blanche pour nuire aux contrats d'OpenAI au profit de ses propres intérêts commerciaux. Selon la partie adverse, ces éléments suggèrent que, dans cette affaire, Elon Musk agit par jalousie et par esprit de compétition plutôt que par pure préoccupation pour le bien public.
En somme, Elon Musk a témoigné pendant trois jours en tant que premier témoin dans le cadre de son procès contre OpenAI. Mais les choses ne se sont pas passées comme il l'espérait. Voici les sept faux pas majeurs d'Elon Musk lors de son témoignage, tels que rapportés par certaines sources :
- concessions juridiques imprévues : l'avocat d'OpenAI a réussi à lui faire faire plusieurs concessions importantes malgré les objections répétées de ses propres avocats ;
- exposition du bilan de sécurité de xAI : Elon Musk a perdu la bataille pour empêcher que le dossier de sécurité de sa startup xAI ne soit examiné, ce qui a mis à mal sa réputation de protecteur de la mission éthique de l'IA ;
- contradictions documentaires : Elon Musk a paru malhonnête à plusieurs reprises lorsque l'avocat d'OpenAI a présenté des documents et des messages qui contredisaient directement ses déclarations sous serment ;
- insultes envers l'équipe de sécurité : l'attitude d'Elon Musk a été jugée peu sincère lorsqu'il a été confronté au fait d'avoir qualifié les experts en sécurité d'OpenAI de « crétins » ;
- méconnaissance des « safety cards » : Elon Musk a admis ne pas savoir ce qu'étaient les fiches de sécurité (safety cards), alors que sa propre entreprise d'IA en publie pour son modèle Grok ;
- perte de sang-froid en direct : après avoir affirmé qu'il ne perdait jamais son calme et ne criait jamais, il a fini par élever la voix de manière véhémente contre l'avocat de la partie adverse devant le jury ;
- échec de l'exclusion des liens avec Donald Trump : les avocats d'Elon Musk n'ont pas réussi à écarter du procès ses relations avec Donald Trump.
Le procès révèle la genèse d'OpenAI et les premiers défis
L'histoire commence en novembre 2015, quand Elon Musk et Sam Altman, aux côtés de plusieurs chercheurs en IA, fondent OpenAI comme laboratoire à but non lucratif. La mission originelle : s'assurer que l'intelligence artificielle générale bénéficie à l'ensemble de l'humanité. À l'époque, Elon Musk était déjà une figure dominante d'industrie technologique grâce à SpaceX et Tesla ; Sam Altman était surtout connu pour avoir dirigé Y Combinator.
L'idée centrale était de favoriser l'autonomisation individuelle et de contrer les approches centralisées de l'IA. Elon Musk insistait particulièrement sur « le caractère non lucratif de l'entreprise », soulignant que cette dernière devait se concentrer sur une diffusion large et bénéfique de la technologie.
Cette vision a été formalisée dans les statuts de la société en décembre 2015, stipulant que l'organisation ne devait pas viser le gain privé, mais agir exclusivement à des fins caritatives pour le bien public. Pour concrétiser ce projet, Elon Musk s'était engagé sur un financement initial de cent millions de dollars dans OpenAI, tout en suggérant de recruter les meilleurs spécialistes en IA grâce à une mission forte plutôt qu'à des salaires mirobolants.
Il a également joué un rôle clé dans l'acquisition de technologies critiques, comme le supercalculateur fourni par Nvidia, en précisant bien que le laboratoire d'IA était indépendant de ses autres entreprises comme Tesla. Sam Altman proposait d'utiliser les infrastructures de Y Combinator pour soutenir le lancement. Malgré un accord initial sur les objectifs, des tensions sont rapidement apparues concernant la structure de pouvoir au sein d'OpenAI.
Des échanges datant de 2017 révèlent que Greg Brockman et Ilya Sutskever craignaient qu'Elon Musk ne cherche à obtenir un contrôle absolu sur l'AGI. Alors qu'Elon Musk détenait plus de 51 % des parts, les autres fondateurs plaidaient pour un accord garantissant une meilleure distribution du pouvoir. Face à ces inquiétudes, la réaction d'Elon Musk fut radicale : qu'ils fondent leur propre entreprise s'ils n'étaient pas satisfaits de son implication.
Une bataille judiciaire aux enjeux multiples pour le secteur
Bien que la bataille juridique porte officiellement sur des accusations de fraude et de rupture de contrat, elle s'inscrit surtout dans une lutte pour l'opinion publique et le contrôle du secteur de l'IA. Elle survient alors que les deux parties, via OpenAI et xAI, se préparent potentiellement à des introductions en bourse impliquant des centaines de milliards de dollars. Chacune des deux parties redoute les conséquences d'une défaite dans cet affrontement.
L'issue de cet affrontement juridique est particulièrement scrutée, car elle pourrait influencer la manière dont OpenAI gère ses technologies de pointe et ses futures étapes de développement commercial. Si OpenAI perd ce procès, l'entreprise pourrait être contrainte à redevenir entièrement open source.
La stratégie d'Elon Musk repose sur trois griefs principaux : la violation de la fiducie caritative d'OpenAI, l'enrichissement sans cause de Sam Altman et de Greg Brockman, et la commission de fraudes. Ses avocats soutiennent qu'il a été trompé en finançant OpenAI sous des conditions que les dirigeants n'ont pas respectées. OpenAI réfute ces allégations et accuse Elon Musk d'utiliser le système judiciaire pour avantager sa propre entreprise, xAI.
OpenAI a précisé qu'Elon Musk avait lui-même proposé une structure lucrative dont il aurait eu le contrôle avant de se retirer du projet. Le procès met également en lumière des aspects privés et souvent désordonnés de la Silicon Valley, allant des rumeurs sur la consommation de substances par Elon Musk à des extraits de journaux intimes et des messages privés embarrassants qui impliquent d'autres figures comme Mark Zuckerberg, de Meta.
Risques financiers et conséquences stratégiques du procès
Ces révélations pourraient entacher la réputation d'OpenAI, qui se présente comme une société dédiée à la sécurité de l'humanité. Les témoignages attendus de hauts dirigeants de Microsoft et d'anciens cadres d'OpenAI risquent d'alimenter les critiques sur le manque de transparence et les comportements manipulateurs attribués au PDG d'OpenAI. Sam Altman est controversé dans l'industrie et est décrit par comme un « menteur sociopathe ».
Au-delà de la réputation, les retombées financières pourraient être majeures puisque toute information scandaleuse est susceptible de faire dérailler les projets d'introduction en bourse. OpenAI fait...
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