Alors que le gouvernement américain vient d'ouvrir un portail de remboursement des taxes douanières jugées illégales, deux joueurs américains ont déposé une action collective contre Nintendo, l'accusant de vouloir empocher deux fois la même somme : une première fois via les hausses de prix répercutées sur les consommateurs, et une seconde fois via les remboursements fédéraux auxquels l'entreprise prétend avoir droit. Cette affaire, symptôme d'une crise tarifaire sans précédent dans l'industrie du jeu vidéo, illustre la complexité des conséquences juridiques et économiques des politiques commerciales de l'administration Trump.Pour comprendre cette plainte, il faut remonter au printemps 2025. En avril de cette année-là, le président Donald Trump déclenche une salve de droits de douane généralisés visant des dizaines de pays exportateurs vers les États-Unis, en s'appuyant sur l'International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) de 1977, un texte conférant au président des pouvoirs économiques d'urgence. La Chine, où une large partie des équipements électroniques grand public sont assemblés, se retrouve frappée par des taxes particulièrement lourdes.
Nintendo, dont les consoles et accessoires sont majoritairement fabriqués en Asie (et en partie en Chine), réagit rapidement. L'entreprise commence par suspendre les précommandes de la Switch 2 aux États-Unis, invoquant l'incertitude économique ambiante. Quelques semaines plus tard, elle annonce une hausse des prix de plusieurs accessoires de la Switch 2 : le Pro Controller passe de 79,99 à 84,99 dollars, et le Dock Set de 109,99 à 119,99 dollars, soit des augmentations comprises entre 1 et 10 dollars selon les produits. La console elle-même, commercialisée à 449 dollars, ne voit pas son prix modifié.
Puis, en août 2025, Nintendo relève les tarifs de toute la gamme Switch d'origine : la Switch Lite augmente de 30 dollars, la Switch standard de 40 dollars, et la Switch OLED de 50 dollars. Ces décisions sont explicitement reliées à la politique tarifaire de Trump par la direction même de Nintendo. Lors d'une réunion financière en mai 2025, le PDG Shuntaro Furukawa déclare aux investisseurs que les droits de douane sont traités comme un élément du coût de revient, directement intégrés dans la tarification. Cette déclaration, consignée dans un document officiel destiné aux marchés financiers, va se retourner contre l'entreprise quelques mois plus tard.
La Cour suprême invalide les tarifs, et tout s'emballe
Le 20 février 2026, la Cour suprême des États-Unis rend une décision qui change la donne : elle juge que le régime tarifaire mis en place par Trump est illégal, ouvrant ainsi la voie à des remboursements pour les importateurs ayant acquitté ces droits. La décision crée une onde de choc dans l'économie américaine. Des milliers d'entreprises, de la grande distribution à l'électronique en passant par la logistique, se retrouvent soudainement en position de réclamer des sommes considérables à l'administration fédérale. Le gouvernement américain promet d'ouvrir un portail de remboursement pour organiser le processus, et le calendrier s'accélère : le lancement de ce portail est annoncé début de la semaine du 20 avril 2026, et selon CNBC, les entreprises concernées pourraient récupérer jusqu'à 160 milliards de dollars au total.
Nintendo n'attend pas. Le 6 mars 2026, soit deux semaines après la décision de la Cour suprême, Nintendo dépose une plainte devant la Cour du commerce international des États-Unis pour contester la légalité des tarifs et réclamer le remboursement des droits acquittés. L'entreprise n'est pas seule : elle est l'une de milliers de sociétés à avoir engagé une telle procédure avant que le portail officiel ne soit opérationnel. La procédure est ensuite mise en suspens, dans l'attente de la mise en place du mécanisme de remboursement.
C'est à ce moment précis que deux joueurs américains décident de passer à l'action.
L'action collective : la logique de l'enrichissement sans cause
Gregory Hoffert, résident de Californie, et Prashant Sharan, résident de Washington, déposent une action collective contre Nintendo, qui a vocation à représenter l'ensemble des consommateurs américains ayant acheté des produits Nintendo dont les prix avaient été augmentés entre le 1er...
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