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Macron veut interdire les réseaux sociaux aux mineurs dès septembre et le Sénat adopte sa propre version de loi : comment la France espère imposer sa loi à des plateformes américaines soumises au droit européen

Le , par Stéphane le calme

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Macron veut interdire les réseaux sociaux aux mineurs dès septembre et le Sénat adopte sa propre version de la loi :
comment la France espère imposer sa loi à des plateformes américaines soumises au droit européen

Le Sénat a adopté le 31 mars 2026 sa propre version de la proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, creusant les divergences avec l'Assemblée nationale sur fond de fragilité juridique et d'impossibilité technique à court terme. Derrière l'ambition politique d'Emmanuel Macron, c'est un chantier colossal et partiellement miné qui s'ouvre pour les plateformes, les régulateurs et les architectes du futur système d'identité numérique européen.

Le 31 mars 2026, le Sénat a voté très largement en faveur de l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Mais le processus parlementaire est loin d'être achevé : un désaccord persistant entre le gouvernement et la Haute Assemblée rend inévitable un nouveau cycle de navette législative.

L'Assemblée nationale, elle, avait adopté une version plus radicale en janvier : toutes les plateformes de réseaux sociaux auraient l'obligation de supprimer les comptes appartenant aux moins de 15 ans et de refuser tout nouvel utilisateur en dessous de cet âge. Le Sénat, en revanche, a opté pour un système à deux niveaux, distinguant les plateformes considérées comme susceptibles de nuire au développement physique, mental ou moral de l'enfant, de celles qui resteraient accessibles avec le consentement des parents.

Cette architecture à deux vitesses n'est pas sans logique. Le Conseil d'État avait alerté dès le 13 janvier 2026 sur les risques d'une « interdiction générale et absolue » portant sur l'ensemble des plateformes, y compris celles dont l'utilisation ne constitue pas un danger pour les mineurs. Le même avis soulignait que les États membres ne peuvent pas imposer des obligations supplémentaires aux plateformes au sens du Digital Services Act (DSA), ce que faisait pourtant le texte initial.

La rapporteure centriste Catherine Morin-Desailly a résumé la situation devant la tribune : la France adopte une loi dont l'application dépendra des autorités des autres États membres ou de la Commission européenne, une situation jugée inédite et insatisfaisante. La Commission doit se prononcer avant l'adoption définitive du texte, une démarche pouvant prendre plusieurs semaines.

Un précédent raté qui pèse sur les débats

Ce n'est pas la première tentative législative de la France dans ce domaine. Une loi promulguée en 2023, portée par Laurent Marcangeli, imposait déjà aux réseaux sociaux de refuser l'inscription aux enfants de moins de 15 ans sauf accord parental. Elle n'avait jamais été appliquée, faute d'articulation satisfaisante avec le droit de l'Union européenne.

Depuis juillet 2023, la majorité numérique à 15 ans existait donc en théorie : toute inscription sur un réseau social nécessitait, avant cet âge, une autorisation parentale, et les plateformes devaient mettre en place une vérification de l'âge sous peine de sanctions financières. Mais la loi n'avait jamais vraiment été appliquée, faute de cadre technique validé et en raison des contraintes du DSA.

C'est ce précédent embarrassant qui a conduit le président Macron à hausser le ton. Lors de ses vœux du 31 décembre, il avait élevé l'interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans au rang de priorité nationale. La proposition de loi est portée par la députée Ensemble pour la République Laure Miller, avec le soutien actif du gouvernement. L'objectif affiché est une entrée en vigueur dès la rentrée scolaire de septembre 2026.

Pour les nouveaux comptes, l'interdiction serait effective dès septembre 2026. Pour les comptes existants, une mise en conformité incluant une vérification d'âge rigoureuse devrait intervenir d'ici le 1er janvier 2027. Les plateformes qui ne respecteraient pas la loi s'exposeraient à une amende pouvant atteindre 6 % de leur chiffre d'affaires mondial.


La vérification d'âge : le nœud gordien

C'est ici que le projet bute sur ses contradictions les plus profondes. Car vouloir interdire l'accès à des plateformes mondiales aux utilisateurs mineurs sans système de vérification d'âge opérationnel, c'est énoncer un principe sans en avoir les moyens.

Les méthodes évoquées (selfie pour reconnaissance faciale, envoi de documents d'identité ou de carte bancaire) sont inspirées des expérimentations déjà menées sur les sites pornographiques. La CNIL recommande depuis 2021 un système dit de « double anonymat » : un tiers de confiance reçoit la preuve de majorité, valide l'âge, et envoie une simple confirmation aux plateformes, sans stocker ni identité ni historique de navigation.

Mais des chercheurs comme Olivier Blazy, cryptographe à Polytechnique, soulignent que les algorithmes d'estimation d'âge peinent à distinguer correctement les profils entre 11 et 18 ans, risquant de bloquer des utilisateurs légitimes tout en laissant passer des mineurs déterminés. La CNIL a par ailleurs émis de vives réserves contre la collecte massive de données personnelles qu'implique une vérification généralisée, et préconise de limiter strictement le recours à la reconnaissance faciale.

Les autorités elles-mêmes reconnaissent que des contournements resteront possibles. Un VPN suffit à faire apparaître un internaute comme résidant dans un pays moins strict. La CNIL rappelle cette limite sans détour. L'analogie avec les contenus pour adultes est éloquente : malgré les obligations légales imposées aux sites pornographiques depuis plusieurs années, aucun système n'a réellement empêché l'accès des mineurs à ces contenus.


L'Europe en embuscade : le DSA, le DSA, et encore le DSA

Toute l'architecture législative française bute sur un mur réglementaire européen. Les grandes plateformes (Meta, TikTok, X) opèrent presque toutes depuis des entités basées en Irlande ou au Luxembourg. En vertu du DSA, ce sont les règles de l'Union européenne qui s'appliquent à elles, et non les législations nationales isolées.

Le DSA fixe un socle commun à l'échelle de l'Union et limite la capacité des États membres à imposer des obligations nationales supplémentaires aux plateformes. Les États peuvent en revanche définir ce qui constitue un « contenu illicite ». Le législateur national peut donc interdire aux moins de 15 ans l'accès à certains contenus sur les réseaux sociaux, mais sans faire peser l'interdiction directement sur les plateformes elles-mêmes, une nuance juridique centrale que le texte initial de l'Assemblée ignorerait.

Le Parlement européen a d'ailleurs durci le ton à l'automne 2025 en appelant à un âge minimum harmonisé à 16 ans pour l'accès aux réseaux sociaux et à certains compagnons d'intelligence artificielle, un seuil supérieur à celui envisagé par Paris.

La Commission européenne joue un rôle d'arbitre qu'elle n'a pas encore exercé pleinement. Le président de la commission de la Culture au Sénat, Laurent Lafon, a interpellé le gouvernement de façon cinglante : « Vous dites partout que la proposition de loi de Mme Miller ne pose pas de problème d'inconventionnalité. Donnez-nous des traces écrites. Mettez-nous en contact avec la Commission européenne. »

eIDAS 2.0 : la solution à moyen terme que personne n'a encore

La voie la plus cohérente sur le plan technique est aussi la moins disponible à court terme. La Commission européenne développe une solution dite de « mini-portefeuille », reposant sur les mêmes spécifications techniques que les portefeuilles européens d'identité numérique (EUDI Wallet) prévus par le règlement eIDAS 2. Cette architecture permettrait de prouver un attribut, comme le fait d'avoir plus de 15 ans, sans révéler l'ensemble de son identité. Les spécifications techniques et une version bêta sont déjà publiées.

Selon eIDAS, ces portefeuilles devraient être opérationnels d'ici la fin de l'année 2026. Mais la Commission, en collaboration avec les autorités nationales de coordination des services numériques, travaille encore à en définir les conditions d'usage précises pour la vérification d'âge. La mise en place de systèmes de contrôle n'est donc pas prévue avant début 2027, soit après l'échéance de septembre 2026 fixée par le gouvernement français. L'écart entre ambition politique et réalité technique est patent.

Un mouvement mondial, mais des réponses divergentes

La France ne légifère pas en vase clos. En décembre 2025, l'Australie a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. La semaine précédant le vote du Sénat français, l'Autriche avait adopté une interdiction pour les moins de 14 ans. L'Indonésie a suivi en mars 2026.

Si la loi est définitivement adoptée, la France rejoindrait le cercle restreint des pays ayant choisi de réguler strictement l'accès des mineurs aux réseaux sociaux. La suite du processus passe nécessairement par une commission mixte paritaire réunissant députés et sénateurs pour tenter de dégager un texte commun, qui devra ensuite être validé par les deux chambres.

Mais la comparaison avec l'Australie a ses limites. Canberra dispose d'une infrastructure numérique nationale et d'une plus grande liberté vis-à-vis du cadre européen. La France, elle, doit convaincre Bruxelles, coordonner avec vingt-six partenaires européens, et trouver une solution technique qui respecte à la fois la vie privée des utilisateurs, le RGPD, et l'architecture ouverte du DSA.

Les risques de voir apparaître un internet à deux vitesses sont réels : les mineurs les plus vulnérables pourraient se tourner vers des plateformes moins régulées et plus dangereuses que TikTok ou Instagram, précisément parce qu'elles échappent aux radars réglementaires.

Sources : Sénat, commission européenne

Et vous ?

La vérification d'âge sans collecte d'identité est-elle techniquement viable à grande échelle, ou l'objectif de « double anonymat » défendu par la CNIL est-il une chimère face à des plateformes mondiales qui n'ont aucun intérêt à investir massivement dans des systèmes qu'elles n'ont pas conçus ?

Le modèle sénatorial (une liste de plateformes « nuisibles » établie par arrêté ministériel) ne risque-t-il pas de créer une forme de certification officielle de l'innocuité pour les réseaux non listés, alors même que les algorithmes de recommandation fonctionnent de façon similaire sur toutes les plateformes ?

L'Australie a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans sans attendre de solution technique parfaite : faut-il en conclure que la réglementation peut précéder la technique, quitte à rester partiellement symbolique dans un premier temps ?

Le portefeuille d'identité numérique européen (EUDI Wallet) est-il en train de devenir, via la vérification d'âge, le cheval de Troie d'une identification systématique des internautes que les États n'auraient jamais pu imposer frontalement ?
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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 16/04/2026 à 11:26
Ils se proposent donc de mettre sous surveillance la totalité des utilisateurs d'ordinateurs du monde...

Rien de nouveau, les USA ont déjà mis la totalité du monde sous écoute grâce à la mise en service de leur réseau d'espionnage ECHELON...

Un jour, ils imposeront que chaque humain se connecte aux USA pour demander le droit de respirer quand il se lève le matin
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Avatar de Artaeus
Nouveau Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 11/04/2026 à 20:58
Le but n'a jamais été de protéger les enfants, mais de se servir d'eux pour mettre en place une surveillance de masse :
- La vérification d'âge lève l'anonymat et révèle la vie privée.
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Avatar de e-ric
Membre expert https://www.developpez.com
Le 17/04/2026 à 13:40
Bonjour

Si j'ai bien compris, l'état américain veut se substituer aux parents américains pour ce qui est d'un choix purement domestiques et de fait de la responsabilité propre des parents.

On arrête pas le progrès (je blague), effectivement ça sent le cache-misère, une petite mesure de surveillance supplémentaire (ça rappelle la cuisson des grenouilles).

Surtout, en quoi cela va protéger les enfants ? Ces braves parlementaires(sic) feraient mieux de faire pression pour faire avancer le traitement des dossiers Epstein et que les coupables (tous) soient mis hors d'état de nuire, cela en feraient plus pour la sécurité des enfants.

j'adore l'idée de l'API d'âge, elle va merdifier les OS encore un peu plus et sera certainement contournable rapidement. La nullité des politiciens (femmes comprises) n'a pas de frontière... Ils sont beaucoup moins loquaces sur le sujet de la corruption.
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Avatar de
https://www.developpez.com
Le 10/04/2026 à 20:03
Le moment est venu. Toute une génération a été sacrifiée pour en arriver là. Des millions de jeunes ont servi de cobayes et souffrent désormais d’addictions, de troubles mentaux chroniques et de graves difficultés de concentration, parfois irréversibles. Ils vivront toute leur vie en situation de handicap, faute d’avoir été protégés.
3  0 
Avatar de Ryu2000
Inactif https://www.developpez.com
Le 16/04/2026 à 12:42
Citation Envoyé par AnteMeridiam Voir le message
Néanmoins, je considère que c'est encore l'option la plus garante de la vie privée que de stocker l'âge au niveau du système d'exploitation.
L'utilisateur ne pourrait pas simplement utiliser la session de quelqu'un d'autre ?

C'est déprimant ces histoires de surveillance de masse
Il est probable que les années à venir soient de pire en pire.
Il y a des périodes plus agréable que d'autres, là on est dans une période pas terrible.
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Avatar de Mat.M
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 12/04/2026 à 20:16
Citation Envoyé par calvaire Voir le message
c'est un probleme plus global.
vous savez que des millions d'américains n'ont pas de sécurité sociale ?
Et puis concernant les USA c'est dingue le nombre de vidéos qu'on voit passer sur Youtube de personnes qui voyant leur loyer augmenter sont obligées d'aller vivre dans des camping-cars.
Sans compter le coût exorbitant de l'électricité
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Avatar de urumaru
Membre régulier https://www.developpez.com
Le 13/04/2026 à 9:29
répression ou régulation ?
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Avatar de forthx
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 17/04/2026 à 15:38
étant ado, j'utilisais l'odi de la famille, on avais tous le même compte ...

A présent, dans la famille, c'est pareil. Du coup niveau OS ce ne "protège" pas dans ces cas la.

En France, lors ce que j'ai fait du dépannage, je me suis retrouvé avec les comptes par personnes 1 fois sur 10, des comptes commun avec mot de passe 2 fois sur 10.
Les 7 autres fois, c'est un compte unique partagé (ne serai-ce que pour utiliser un Office pour toute la famille). Je ne parle pas des smartphones, a priori ce n'est pas le sujet.

En gros, l'argument officiel marche pas.
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Avatar de Artaeus
Nouveau Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 09/04/2026 à 11:27
Vous avez accepté ça pour les sites porno.
Vous allez l'accepté pour les réseaux sociaux.
Vous l'accepterez pour tout Internet ?

Si vous ne comprenez pas que l'anonymat (= les vérifications d'âge lève l'anonymat) permet la liberté d'expression et de vous protéger.
Vous serez pour lever l'anonymat du vote, le secret des communications privés, à ne plus comprendre pourquoi il ne faut pas donner son adresse ou son identité à n'importe qui ...
Bref, vous vous mettez en danger de façon stupide.

C'est à cela que ménèra la "vérification d'âge", l'irresponsabilité et la stupidité des parents.
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Avatar de
https://www.developpez.com
Le 11/04/2026 à 0:03
Citation Envoyé par calvaire Voir le message

les jeunes que je vois venir à Singapour sont contraire des gens tres brillant et tres lucide. Ils savent qu'ils aurait pas de retraite si ils étaient resté en france, ……et surtout, ils ont compris un truc simple : personne ne viendra les sauver.
L’IA va remplacer les profils interchangeables, les États protègent d’abord leurs propres intérêts, et la facture des dettes publiques finira bien par retomber sur ceux qui travaillent.
Donc ils anticipent : ils bougent, ils montent en compétences, ils cherchent les environnements qui récompensent l’effort. Les autres attendent… et subissent

- L'IA ne va rien changer en soi. Elle va simplement creuser davantage les inégalités et polariser les classes sociales, comme d'autres technologies dans le passé. Rien de nouveau sous le soleil depuis la dernière révolution industrielle: les personnes les plus qualifiées seront celles qui s’en sortiront (le mieux), aux dépends des autres.

- À l'heure actuelle, la plus part des États du monde ne protégent par leurs propres intérêts, ils sont au service de quelques superpuissances exacerbées. D’où les initiatives politiques visant à renforcer la « souveraineté numérique » et à réintroduire la conscription.

Le problème des retraites en France tient surtout à des spécificités nationales. La France est la seule en Europe, voire au monde, à tenter de cumuler autant d’avantages : un temps de travail réduit (en théorie), des régimes particuliers et un âge de départ particulièrement bas pour une retraite à taux plein. Ce n'est pas un problème structurel ou démographique en premier lieux, mais plutôt culturel et politique. Ce sera résolu dès lors que les Français accepteront, collectivement, de travailler plus longtemps (comme tout le monde en Europe et au-delà), de faire plus de bébés ou de changer complétement la nature du système de financement, avec le risque de le rendre encore plus inégalitaire...
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