Anthropic poursuit l'administration Trump pour faire annuler l'étiquette US "risque pour la chaîne d'approvisionnement", estimant que cette désignation est illégale et viole son droit à la liberté d'expressionAnthropic a intenté un procès à l'administration Trump pour faire annuler sa désignation comme « risque pour la chaîne d'approvisionnement », estimant que cette mesure viole ses droits à la liberté d'expression et à une procédure régulière. Cette action en justice vient envenimer le conflit autour du refus d'Anthropic d'autoriser l'utilisation de sa technologie d'intelligence artificielle (IA) dans des armes autonomes ou à des fins de surveillance de masse. Cette désignation pourrait avoir de sérieuses répercussions sur les contrats gouvernementaux de l'entreprise et l'issue de l'affaire pourrait influencer la manière dont les entreprises d'IA négocient les restrictions relatives à l'utilisation militaire de leurs technologies.
Pour rappel, ce différend judiciaire trouve son origine dans un désaccord récent entre Anthropic et le département américain de la Défense (DoD) concernant l'utilisation militaire de l'IA. Fin février 2026, le PDG de l'entreprise, Dario Amodei, a publiquement rejeté la demande du Pentagone visant à assouplir les garde-fous appliqués à ses modèles d'IA. Le dirigeant a affirmé que la société préférait renoncer à toute collaboration avec le DoD plutôt que d'autoriser des usages susceptibles de faciliter la guerre automatisée ou la surveillance de masse.
Le jeudi 5 mars, le Pentagone a officiellement désigné Anthropic comme présentant un risque pour la chaîne d'approvisionnement, limitant ainsi l'utilisation d'une technologie qui était utilisée pour des opérations militaires en Iran. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a désigné Anthropic après que la start-up ait refusé d'abandonner les garanties empêchant l'utilisation de son IA pour des armes autonomes ou la surveillance intérieure. Les deux parties étaient engagées depuis des mois dans des discussions de plus en plus controversées au sujet de ces limitations. Donald Trump et Pete Hegseth ont déclaré qu'il y aurait une période de transition de six mois.
Le lundi 9 mars 2026, Anthropic a intenté une action en justice pour empêcher le Pentagone de l'inscrire sur une liste noire de sécurité nationale américaine, intensifiant ainsi la bataille à haut risque que mène le laboratoire d'IA contre l'administration du président américain Donald Trump au sujet des restrictions d'utilisation de sa technologie.
Anthropic a déclaré dans sa plainte que cette désignation était illégale et violait ses droits à la liberté d'expression et à une procédure régulière. La plainte déposée devant un tribunal fédéral de l'État américain de Californie demandait à un juge d'annuler cette désignation et d'empêcher les agences fédérales de l'appliquer.
« Ces mesures sont sans précédent et illégales. La Constitution n'autorise pas le gouvernement à exercer son immense pouvoir pour punir une entreprise pour ses propos protégés », a déclaré Anthropic.
La société cherche également à annuler l'ordre de Donald Trump demandant aux employés fédéraux de cesser d'utiliser son chatbot IA, Claude.
Cette contestation judiciaire intensifie un débat public inhabituel sur l'utilisation de l'IA dans la guerre et la surveillance de masse, un débat qui a également entraîné les concurrents d'Anthropic dans le secteur technologique, en particulier OpenAI, qui a conclu son propre accord avec le Pentagone quelques heures seulement après que le gouvernement ait sanctionné Anthropic pour sa position.
Anthropic a déposé deux plaintes distinctes lundi, l'une devant la cour fédérale de Californie et l'autre devant la cour d'appel fédérale de Washington, DC, chacune contestant différents aspects des mesures prises par le gouvernement à l'encontre de l'entreprise.
Les responsables d'Anthropic ont déclaré que l'action en justice n'empêchait pas la reprise des négociations avec le gouvernement américain et la conclusion d'un accord. La société a déclaré qu'elle ne souhaitait pas entrer en conflit avec le gouvernement américain. La semaine dernière, un responsable du Pentagone a déclaré que les deux parties n'étaient plus en pourparlers actifs.
Une menace pour les activités d'Anthropic
Cette désignation représente une menace importante pour les activités d'Anthropic avec le gouvernement, et son issue pourrait influencer la manière dont d'autres entreprises d'IA négocient les restrictions relatives à l'utilisation militaire de leurs technologies. Le PDG de l'entreprise, Dario Amodei, a toutefois précisé que cette désignation avait « une portée limitée » et que les entreprises pouvaient toujours utiliser ses outils dans le cadre de projets sans rapport avec le Pentagone.
Les mesures prises par Donald Trump et Pete Hegseth le 27 février faisaient suite à des mois de discussions avec Anthropic sur la question de savoir si les politiques de l'entreprise pouvaient limiter les actions militaires, et peu après la rencontre entre Amodei et Hegseth dans l'espoir de parvenir à un accord.
Anthropic a déclaré vouloir empêcher l'utilisation de sa technologie à deux fins de haut niveau : la surveillance de masse des Américains et les armes entièrement autonomes. Pete Hegseth et d'autres responsables ont publiquement insisté pour que l'entreprise accepte « toutes les utilisations légales » de Claude et ont menacé Anthropic de sanctions si elle ne se conformait pas à cette exigence.
Le fait de désigner l'entreprise comme un risque pour la chaîne d'approvisionnement met fin au travail d'Anthropic dans le domaine de la défense en utilisant une autorité conçue pour empêcher les adversaires étrangers de nuire aux systèmes de sécurité nationale. C'était la première fois que le gouvernement fédéral utilisait cette désignation contre une entreprise américaine.
Le Pentagone a déclaré que c'était la loi américaine, et non une entreprise privée, qui déterminait la manière de défendre le pays, et a insisté pour disposer d'une flexibilité totale dans l'utilisation de l'IA à « toute fin légale », affirmant que les restrictions imposées à Anthropic pouvaient mettre en danger la vie des Américains.
Anthropic a déclaré que même les meilleurs modèles d'IA n'étaient pas suffisamment fiables pour être utilisés dans des armes entièrement autonomes et que leur utilisation à cette fin serait dangereuse.
Après l'annonce de Pete Hegseth, Anthropic a déclaré dans un communiqué que cette désignation serait juridiquement contestable et créerait un dangereux précédent pour les entreprises qui négocient avec le gouvernement. La société a déclaré qu'elle ne se laisserait pas influencer par « l'intimidation ou les sanctions ».
La semaine dernière, Dario Amodei a également présenté ses excuses pour une note interne publiée mercredi par le site d'information technologique The Information. Dans cette note, publiée le 27 février, Amodei affirmait que les responsables du Pentagone n'appréciaient pas l'entreprise, en partie parce que « nous n'avons pas fait l'éloge de Trump à la manière d'un dictateur ».
Tout en luttant contre les mesures prises par le Pentagone, Anthropic a cherché à convaincre les entreprises et les autres agences gouvernementales que la sanction imposée par l'administration Trump était limitée et ne concernait que les sous-traitants militaires utilisant Claude dans le cadre de leurs activités pour le ministère de la Défense.
Il était essentiel pour Anthropic, société privée, de clarifier cette distinction, car la majeure partie de son chiffre d'affaires prévisionnel de 14 milliards de dollars pour cette année provient d'entreprises et d'agences gouvernementales qui utilisent Claude pour le codage informatique et d'autres tâches. Selon une récente annonce d'investissement qui évaluait la société à 380 milliards de dollars, plus de 500 clients versent au moins 1 million de dollars par an à Anthropic pour Claude.
Le bras de fer entre Anthropic et le Pentagone a eu des conséquences inattendues pour la start-up d'IA. Si la confrontation avec l'administration Trump a permis à Claude de se hisser au sommet de l'App Store, elle a également mis en lumière des vulnérabilités au cœur de l'infrastructure d'Anthropic. L'afflux massif d'utilisateurs, avec une hausse de 60 % des utilisateurs gratuits et un quadruplement des inscriptions quotidiennes, a provoqué une surcharge des serveurs de l'entreprise. Cet incident a culminé le 2 mars 2026, lorsque Claude a subi une panne mondiale, affectant des milliers d’utilisateurs dans toutes les régions.
Les récents événements concernant Anthropic illustrent par ailleurs les inquiétudes grandissantes quant à l'avenir de l'IA, dans un contexte où le rôle de la politique gouvernementale ne cesse de croître. La possibilité d'une nationalisation des entreprises d'IA inquiète en effet les principaux dirigeants du secteur.
Sam Altman, le PDG d’OpenAI, a récemment exprimé ses préoccupations à ce sujet, suggérant qu'une nationalisation semble improbable, mais qu'un partenariat fort entre les gouvernements et les entreprises d’IA est indéniablement nécessaire. Il a reconnu que les gouvernements considéraient l’IA comme un enjeu stratégique majeur, comparable à d'autres projets scientifiques soutenus par des fonds publics. Les répercussions des accords militaires, comme celui conclu par OpenAI avec le Pentagone, suggèrent que le développement de l'IA pourrait être influencé par les intérêts étatiques, redéfinissant ainsi le rôle des entreprises technologiques dans ce secteur clé.
Source : Requête en révision lancée par Anthropic
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