San Francisco, 4 mars 2026. Elon Musk, l'homme le plus riche du monde, comparaissait devant un tribunal fédéral pour défendre une série de publications sur Twitter qui auraient, selon des actionnaires lésés, délibérément fait chuter le cours de l'action afin de lui permettre de renégocier son rachat à la baisse. Un procès qui ravive les questions fondamentales sur la responsabilité juridique des dirigeants à l'ère des réseaux sociaux — et sur les limites de la liberté de parole quand celle-ci déplace des milliards en quelques secondes.L'histoire commence en avril 2022. Après avoir révélé une participation de 9,1 % dans Twitter, Elon Musk propose en avril 2022 de racheter l'intégralité de la plateforme pour 54,20 dollars par action, soit environ 44 milliards de dollars au total. L'offre est qualifiée de « seller friendly » par Musk lui-même : pas de condition de financement, pas de clause de due diligence. Un accord ferme, en apparence.
Mais à peine un mois plus tard, le 13 mai 2022, tout bascule. Musk déclare son projet d'acquisition « temporairement en suspens » et indique avoir besoin de vérifier le nombre de comptes spam et faux sur la plateforme. L'action Twitter s'effondre de 18 % en pré-ouverture, et termine la séance en baisse de 9,7 %. Quelques heures plus tard seulement, Musk publie un second message affirmant qu'il reste « toujours engagé dans l'acquisition » — mais le mal est fait.
Dans les jours qui suivent, le titre connaît ce qu'un avocat des plaignants a décrit comme une chute « en ascenseur vers le sous-sol », perdant 18 % supplémentaires sur les 48 heures suivantes. Puis, en juillet 2022, Musk enfonce le clou : il déclare vouloir abandonner son offre après que Twitter n'a pas fourni suffisamment d'informations sur le nombre de faux comptes. Le titre clôture à 36,81 dollars le 8 juillet, date à laquelle Musk annonce son retrait.
Finalement, sous la pression d'une poursuite judiciaire intentée par Twitter devant la Cour de Chancellerie du Delaware pour le forcer à honorer ses engagements, Musk revient sur sa décision. Il accepte de finaliser le rachat au prix initialement convenu de 54,20 dollars par action en octobre 2022, soldant l'affaire du Delaware.
La thèse des plaignants : manipulation calculée
Le recours collectif déposé en octobre 2022 devant le tribunal fédéral du district nord de Californie représente les actionnaires de Twitter qui ont vendu leurs titres entre le 13 mai et le 4 octobre 2022. Il allègue que Musk a violé les lois fédérales sur les valeurs mobilières en faisant des déclarations publiques « soigneusement calculées pour faire baisser le cours de l'action Twitter ».
La logique des plaignants est simple : des milliers d'investisseurs, convaincus que l'opération était en train de capoter, ont cédé leurs actions à des prix déprimés — bien en dessous des 54,20 dollars auxquels le rachat a finalement été conclu. Ils réclament une indemnisation pour le manque à gagner.
Le banquier de Musk chez Barclays avait d'ailleurs, selon les informations rapportées par Ars Technica et reprises par Boing Boing, immédiatement saisi l'opportunité. Un email interne de la banque notait que la situation « pourrait vous offrir l'opportunité de revoir le prix », à condition d'apparaître « prêt à risquer de payer la reverse break fee ». Une reverse break fee est la pénalité contractuelle que l'acheteur doit verser au vendeur s'il se retire d'une transaction. Que les banquiers de Musk aient spontanément identifié une opportunité de renégociation à la baisse immédiatement après le tweet litigieux constitue l'un des éléments à charge les plus embarrassants du dossier.
Musk à la barre : improvisation et défiance
Musk a indiqué au tribunal qu'il n'avait pas relu ses dépositions préalables ni préparé son témoignage, invoquant une charge de travail « dingue, 100 heures par semaine ». Une posture qui tranche avec l'enjeu de l'affaire.
Sur le fond, sa ligne de défense repose sur plusieurs axes. D'abord, la bonne foi : Musk a soutenu devant le jury qu'il publiait simplement « ce qui lui venait à l'esprit » et que c...
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