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L'Europe se prépare à un scénario catastrophique dans lequel les États-Unis bloqueraient l'accès à leurs infrastructures numériques,
Elle vise la souveraineté technologique pour prévenir un blackout numérique

Le , par Mathis Lucas

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L'Europe veut mettre fin à sa dangereuse dépendance à l'égard des technologies Internet américaines. Cependant, elle peine à trouver la voie de sa souveraineté numérique malgré les efforts déployés depuis plus d'une décennie. Des services publics et de grands acteurs de son économie reposent encore sur la pile technologique américaine. Cela soulève des préoccupations sur le contrôle des données et la sécurité des informations sensibles. Aujourd’hui, l’Europe se retrouve dos au mur face au risque que les États-Unis utilisent l’accès aux infrastructures numériques fournies par des entreprises américaines comme levier dans des négociations géopolitiques.

Les désaccords entre l'Europe et les États-Unis sur les questions critiques telles que les régimes de contrôles des Big Tech américains ont pris de l'ampleur depuis le retour de Donal Trump à la Maison Blanche. Les États-Unis se montrent plus agressifs en ce qui concerne la défense de leurs entreprises. Alors que les tensions s'intensifient, l'Europe craint plus que jamais de perdre l'accès aux technologies américaines dont elle dépend avant d'être prête.

Le pire scénario pour les décideurs européens ? Un décret de la Maison Blanche qui coupe l'accès de la région aux centres de données, systèmes d’exploitation, moteurs de recherche et logiciels de messagerie électronique dont les entreprises et les gouvernements européens ont besoin pour fonctionner.


Cette dépendance criarde est désormais perçue comme un risque stratégique majeur. « Lorsque vous commencez à avoir ce genre de pensées, même si ce ne sont que des pensées, vous devez vous demander : comment cela fonctionnerait-il ? Pouvez-vous imaginer l'Europe fonctionner sans la technologie américaine ? C'est très difficile à imaginer », déclare Bernard Liautaud, associé gérant de Balderton Capital, une société européenne de capital-risque.

Un récent rapport du Wall Street Journal indique que des personnes influentes en Europe veulent rompre avec cette dépendance à l'égard des États-Unis. Le rapport cite des responsables et des législateurs européens qui cherchent à aider les entreprises européennes. Selon le rapport, les personnes interrogées n'appellent pas nécessairement à « abandonner » les technologies produites par les géants américains tels que Microsoft, Google, Amazon, etc.

L'UE adopte une nouvelle résolution sur la souveraineté numérique

L'approche de Donald Trump en ce qui concerne le Groenland a poussé les responsables et diplomates européens à durcir leur position sur la nécessité pour l'Europe de réduire sa dépendance à l'égard des États-Unis, que ce soit dans les domaines de la technologie, de la défense et du commerce. Donald Trump a demandé au Danemark de lui céder le Groenland sur un plateau d'argent et a menacé d'imposer des droits de douane à certains pays de l'UE.

Le 22 janvier, le Parlement européen a adopté une résolution qui soutient « l'utilisation de critères d'attribution des marchés publics favorisant les produits européens dans la mesure du possible » et propose une nouvelle législation visant à promouvoir les fournisseurs de services cloud européens.

Selon des responsables proches du dossier, l'exécutif de l'Union européenne travaille actuellement sur une nouvelle législation visant à promouvoir la « souveraineté technologique ». Les risques sécuritaires posés par la technologie américaine ont été ouvertement discutés dans le cadre de ces travaux. Selon le rapport, un responsable de l'UE a déclaré que de telles discussions auraient été tout simplement « impensables » il y a seulement six mois.

L'Europe n'a jamais été aussi dépendante de la technologie américaine, en particulier des services de cloud computing proposés par des entreprises telles qu'AWS (Amazon), Google et Microsoft. Selon les chiffres du cabinet d'études IDC, en 2024, les clients européens ont dépensé près de 25 milliards de dollars en services d'infrastructure auprès des cinq principales entreprises américaines de cloud computing, soit environ 83 % du marché total en Europe.

« Les grandes entreprises européennes devraient utiliser des logiciels européens », a déclaré jeudi Nicolas Dufourcq, directeur de la banque d'investissement publique française Bpifrance, lors d'une interview télévisée. « Choisir par défaut la technologie numérique américaine est trop facile et doit cesser ».

Pourquoi l'Europe est-elle si dépendante à l'égard des États-Unis ?

Le découplage potentiel entre les technologies européennes et américaines est un sujet de discussion brûlant parmi les chefs d'entreprise et les décideurs politiques. Beaucoup ont déclaré qu'il s'agirait d'une entreprise complexe compte tenu de l'étendue des technologies américaines utilisées, des puces et services cloud aux modèles d'IA et autres logiciels. Un large pan des services publics et entreprises de l'UE repose sur la technologie américaine.


Les efforts déployés par l'Europe pour échapper à la domination technologique des États-Unis pour des raisons commerciales ou de confidentialité sont un thème récurrent depuis des décennies. En ce qui concerne les causes de nombreux entrepreneurs européens attribuent la situation difficile de l'Europe à une culture peu encline à prendre des risques. D'autres évoquent également le marché fragmenté et les réglementations contraignantes de l'UE.

C'est en grande partie pour cette raison que l'UE tente aujourd'hui d'assouplir certaines de ses règles numériques, même si les progrès ont été lents jusqu'à présent. Dans le même temps, l'UE a adopté la loi sur services numériques (DSA) et la loi sur les marchés numériques (DMA) en 2022.

L'UE risque un blackout en cas d'interruption des services américains

Voici deux incidents résultant de défaillances techniques : l'incident AWS qui a duré plusieurs heures en octobre 2025 et qui a perturbé des milliers de services tels que les applications bancaires à travers le monde ; et l'incident majeur de Cloudflare en décembre a mis hors ligne LinkedIn, Zoom et d'autres plateformes de communication. Une panne provoquée par CrowdStrike en 2024 a mis hors services plus de 8 millions de PC Windows dans le monde.

L'impact d'une panne d'électricité majeure sur les services de cloud computing a également été démontré lorsque l'Espagne, le Portugal et une partie du sud-ouest de la France ont subi une coupure d'électricité massive en avril 2025. Ces incidents donnent une idée des risques auxquels l'Europe est exposée.

Ailleurs en Europe, certains précurseurs prennent des mesures pour renforcer leur souveraineté numérique en se libérant de leur dépendance vis-à-vis des Big Tech, notamment en adoptant des logiciels open source. En France, par exemple, la ville de Lyon a décidé d'abandonner Windows et Microsoft Office pour passer à Linux et OnlyOffice, des alternatives libres et open source pour se défaire de sa dépendance aux technologies américaines.

Dans le nord de l'Allemagne, le gouvernement régional du Land de Schleswig-Holstein a remplacé la plupart de ses systèmes informatiques Microsoft par des alternatives open source, annulant près de 70 % de ses licences. Son objectif est de n'utiliser les services des Big Tech que dans des cas exceptionnels d'ici 2030. On peut citer également les démarches de la municipalité de Munich et de l’État fédéré de Basse-Saxe en Allemagne.

En France, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie, les gouvernements investissent à l'échelle nationale et transnationale dans le développement de plateformes et d'outils numériques open source pour la gestion des chats, des vidéos et des documents. En Suède, un système similaire développé localement pour le chat, la vidéo et la collaboration en ligne, fonctionne dans des centres de données nationaux plutôt que dans des clouds étrangers.

Les préoccupations en matière de sécurité demeurent sans solution

La question de la souveraineté numérique s'est enflammée en 2013 après que l'ancien sous-traitant de l'Agence nationale de sécurité américaine Edward Snowden a divulgué des informations sur les pratiques de surveillance des États-Unis, qui concernaient notamment les données des géants technologiques américains. Cet épisode a été invoqué lorsque la plus haute juridiction de l'UE a invalidé un accord transatlantique sur le partage des données.


En 2018, sous la première administration Trump, les Européens ont de nouveau exprimé leur inquiétude après que les États-Unis ont adopté une loi qui accorde aux forces de l'ordre le pouvoir de demander l'accès aux données stockées à l'étranger par les fournisseurs de services cloud américains.

Selon les sources, depuis la réélection de Donald Trump, les responsables européens ont demandé à certains fournisseurs de services cloud américains de veiller à ce que leurs clients dans des secteurs clés, tels que l'énergie, puissent facilement transférer leur infrastructure de centre de données vers des fournisseurs locaux si une mesure américaine venait à interrompre leur service. Les Big Tech proposent une solution qui n'est pas vraiment souveraine.

En Allemagne, Microsoft a étendu son accord avec Delos Cloud, une filiale de SAP, afin de fournir les services de la société américaine sous sa propre propriété et son propre contrôle. En 2025, Microsoft a restructuré ses filiales et mis en place des conseils d'administration composés uniquement d'Européens pour établir des antennes dans la région afin de répondre aux demandes des clients qui souhaitent « des services de cloud et d'IA plus localisés ».

Amazon a récemment lancé un service de « cloud souverain » en Europe, géré par des citoyens de l'UE et basé en Allemagne. Google a conclu des partenariats avec des acteurs locaux dans plusieurs pays européens pour un service de cloud souverain, notamment une coentreprise en France entièrement exploitée par une entreprise locale, qui protège les clients contre d'éventuelles demandes américaines visant à limiter l'accès ou à espionner.

Les Big Tech peuvent-ils construire des cloud souverains en Europe ?

« Jusqu'à présent, les gouvernements européens n'ont pas demandé de structures entièrement nationales, car ils souhaitent toujours bénéficier de la technologie et de l'échelle de travail avec un éventail de partenaires. Ce qu'ils recherchent vraiment, c'est un certain degré de contrôle, de sûreté et de sécurité », a déclaré Matt Brittin, qui dirigeait jusqu'à l'année dernière les opérations de Google en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique.

Les enjeux sont importants pour les entreprises technologiques américaines. Malgré les tensions croissantes, les géants américains continuent de se développer, d'installer de nouveaux sièges et de construire de nouvelles infrastructures en Europe. Selon les données du gouvernement américain, elles ont exporté plus de 360 milliards de dollars de services numériques, notamment des outils publicitaires et d'intelligence artificielle, vers l'Europe en 2024.

Alphabet, la société mère de Google, a par exemple généré 29 % de son chiffre d'affaires de près de 30 milliards de dollars au troisième trimestre en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Les pays européens tels que la France et l'Allemagne ont intensifié leurs efforts en faveur d'une souveraineté numérique.

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Avatar de DjDeViL66
Membre habitué https://www.developpez.com
Le 26/01/2026 à 22:19
Grâce à Trump on se méfie des USA qui pourtant (bien avant lui - Doctrine Monroe - voulait depuis toujours la domination des Amériques) puis en fin de compte de l'occident pourtant il n'y a même pas 2 ans aucun pépin pour échanger des données des européens vers les USA

https://www.cnil.fr/fr/transferts-de...velle-decision
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Avatar de der§en
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 26/01/2026 à 22:30
Le pire, je suis pas sur que cela servira de leçon à cette Europe dévoyée !
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