Uber et Lyft ont déployé respectivement les fonctions « Women Preferences » et « Women+ Connect » aux États-Unis. Elles permettent aux femmes qui utilisent ces plateformes de demander une conductrice et aux conductrices de demander de conduire pour des femmes. Il s'agit de mesures de sécurité prises après des plaintes liées à des agressions et harcèlements sexuels contre des passagères. Cependant, des chauffeurs masculins ont déposé des recours collectifs contre Uber et Lyft, affirmant que ces options limitent injustement les opportunités économiques pour les hommes et perpétuent des stéréotypes sexistes néfastes, tout en favorisant les conductrices.Uber et Lyft ont fait face à des milliers de poursuites judiciaires liées à des cas de harcèlement et d’agressions sexuels signalés par des passagères. Les plaignantes reprochent à ces plateformes d’avoir manqué à leur devoir en matière de sécurité, en n’effectuant pas des vérifications d’antécédents suffisantes, en n’assurant pas un suivi efficace des signalements, ou en permettant à certains conducteurs déjà signalés de continuer à exercer.
Ces poursuites ont poussé les deux entreprises à renforcer leurs protocoles de sécurité et à introduire des fonctionnalités spécifiques, comme les options de trajets entre femmes, aujourd’hui au cœur de nouvelles controverses. Il s'agit de « Women+ Connect » pour Lyft et de « Women Preferences » pour Uber.
« Women+ Connect offre aux conductrices et aux conducteurs non binaires une préférence qui leur permet d'être plus souvent mis en relation avec des passagères et des passagers non binaires », selon Lyft. Uber a déclaré : « pour la première fois aux États-Unis, nous lançons Women Preferences, une fonction conçue pour offrir aux passagères et aux conductrices plus de choix, plus de confiance et plus de flexibilité lorsqu'elles utilisent Uber ».
Dara Khosrowshahi, PDG d'Uber, a déclaré que les voitures autonomes finiront probablement par remplacer les chauffeurs humains. Il a ajouté que la perte massive d'emplois qui va en découler soulèvera « une question sociétale très importante ». Uber propose des trajets sans conducteur avec des véhicules Waymo à Atlanta et Austin. (Waymo est une entreprise spécialisée dans la conduite autonome appartenant à Alphabet, la société mère de Google.)
Les premiers résultats suggèrent que les véhicules autonomes sont plus efficaces que la plupart des conducteurs humains. Cependant, des défis majeurs persistent. Les coûts des trajets sans conducteur sont très élevés et des défaillances techniques peuvent transformer les trajets en un cauchemar.
Uber et Lyft accusés de discrimination sexuelle
En somme, ces fonctions permettent aux femmes utilisatrices d'Uber ou Lyft de demander une conductrice et aux conductrices de demander de conduire pour des femmes. Mais des chauffeurs masculins ont déposé deux recours collectifs contre Uber et Lyft, affirmant que ces fonctionnalités discriminent les hommes, car elle favorise les conductrices au détriment des conducteurs. Ils ont déposé des recours collectifs contre les plateformes en Californie.
Les avocats représentant les plaignants affirment que « les chauffeurs masculins sont victimes de discrimination et reçoivent moins de courses et des courses différentes de celles qu'ils auraient reçues en l'absence de cette politique ». Ils soutiennent que « cette politique renforce le stéréotype selon lequel les hommes sont plus dangereux que les femmes ». Les plaignants réclament 4 000 dollars de dommages et intérêts par chauffeur masculin.
Les procès accusent Uber et Lyft d'avoir enfreint la loi Unruh, « une loi californienne sur les droits civils qui interdit expressément la discrimination sexuelle par les entreprises commerciales ». Deux chauffeurs ont été représentés en tant que plaignants dans chaque procès contre les deux entreprises, mais les poursuites estiment que des centaines de milliers de chauffeurs masculins de covoiturage pourraient être concernés par le recours collectif.
Ces fonctions ont été lancées comme mesure de sécurité après des milliers de signalements d’agressions et de harcèlements sexuels impliquant des conducteurs sur les plateformes. Mais elles provoquent une levée de boucliers de la part des chauffeurs masculins qui dépendent de ces plateformes. Si les plaignants obtiennent gain de cause, Uber et Lyft pourraient devoir modifier ou supprimer ces options et réviser leurs politiques d’appariement.
Les enjeux et les points de vue divergents
Ces fonctions ont déclenché un débat complexe entre les droits civils et la sécurité des passagers. D'un côté, ces poursuites judiciaires ont suscité la consternation de certaines utilisatrices de ces fonctionnalités. Elles affirment que ces options réservées aux femmes sont essentielles pour leur sécurité et leur confort. Celeste Juarez, une utilisatrice de 28 ans, a déclaré : « je me sens tout simplement plus en sécurité et plus à l'aise avec une conductrice ».
Elle a partagé des témoignages. Celeste Juarez, qui utilise fréquemment l'option « Women Preferences » de Uber, a raconté « plusieurs expériences désagréables avec des chauffeurs masculins » et considère ces poursuites judiciaires comme « malavisées ». Elle a souligné que pour les femmes, ces options sont essentielles pour se sentir en sécurité et éviter les « avances sexuelles non désirées », en particulier lorsqu'elles rentrent tard chez elles.
Mais la question se pose de savoir jusqu’à quel point une plateforme de mise en relation peut proposer des préférences de genre sans tomber dans une discrimination : c’est‑à‑dire privilégier un sexe au détriment d’un autre. Il s’agit aussi d’un dilemme entre amélioration de la sécurité pour un groupe vulnérable et égalité de traitement pour les travailleurs. Le cadre légal californien et les lois fédérales contre la discrimination sont au cœur de cette tension.
Uber et Lyft ont tous deux déclaré que ces fonctions avaient été introduites en réponse à la forte demande des passagères et des conductrices. Uber a lancé sa fonction Women Preferences en juillet 2025, puis l'a étendu à de grandes villes américaines telles que San Francisco, Los Angeles et Détroit.
La fonction Women+ Connect de Lyft a été lancée en 2023 dans les villes comme Chicago, Phoenix, San Diego, San Francisco et San Jose. Plusieurs organisations à but non lucratif ont soutenu la décision de Lyft à l'époque, notamment la Human Rights Campaign, la National Association of Women Law Enforcement Executives (NAWLEE) et le National Sheriffs' Association Traffic Safety Committee, soulignant leur engagement en faveur de l'inclusion.
Les plateformes de VTC en proie à l'insécurité
L'introduction de ces fonctionnalités spécifiques au genre n'est pas sans précédent, elle s'inscrit dans un contexte de préoccupations constantes en matière de sécurité dans le secteur des VTC. Le dernier rapport d'Uber sur la sécurité des trajets aux États-Unis (2021-2022) fait état de 2 717 signalements d'agressions sexuelles graves ou d'inconduite. Selon le rapport de l'entreprise, jusqu'à 92 % de ces incidents avaient imputé aux chauffeurs.
Les femmes ont été touchées de manière disproportionnée, représentant 89 % des victimes dans les cas de pénétration non consentie. Lyft fait état de chiffres tout aussi alarmants, avec plus de 1 800 signalements d'agressions sexuelles pour la seule année 2019, et plus de 4 000 signalements entre 2017 et 2019.
Le juge fédéral Charles Breyer, chargé de superviser plus de 2 300 poursuites judiciaires pour agression sexuelle contre Uber, avait précédemment indiqué que l'absence d'une fonctionnalité de correspondance entre les sexes sur l'application pourrait potentiellement donner lieu à des actions en responsabilité. Selon les analystes, ces observations ont probablement poussé Uber et Lyft à intégrer les fonctionnalités spécifiques spécifiques au genre.
Le débat...
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