
après que Donald Trump a menacé d'imposer des droits de douane aux pays maintenant des taxes « hostiles » aux intérêts américains
La tension monte à nouveau entre Washington et Bruxelles. Le président américain Donald Trump, récemment revenu à la Maison Blanche, a réitéré sa volonté d’imposer de lourds droits de douane aux pays qui maintiennent des régulations ou des taxes jugées hostiles aux intérêts américains. Dans son viseur : l’Union européenne, et particulièrement les États membres qui appliquent des taxes sur les services numériques (Digital Services Tax, DST) ou des législations structurantes comme le Digital Services Act (DSA) et le Digital Markets Act (DMA).
Trump accuse ces initiatives « d'attaquer injustement » les entreprises américaines (Apple, Amazon, Meta, Microsoft, Google), piliers de la tech mondiale. En réponse, Emmanuel Macron plaide désormais pour que l’Europe se dote d’un arsenal de représailles ciblant directement ces groupes si Washington venait à passer à l’acte.
L’UE défend ses régulations comme une manière de garantir une concurrence équitable et la souveraineté numérique. Les DSA et DMA ne visent pas une nationalité en particulier mais les entreprises dont le poids économique et les pratiques anticoncurrentielles menacent le marché unique.
Pour Trump, il s’agit d’une attaque déguisée contre la prospérité américaine. Son discours résonne particulièrement dans un contexte où son administration entend ramener des investissements industriels aux États-Unis, quitte à recourir à des mesures protectionnistes.
La France, qui applique depuis 2019 une taxe sur les services numériques (la taxe GAFA lui a d'ailleurs rapporté 375 millions d'euros en 2020, selon Bruno Le Maire), est perçue comme l’un des symboles de cette volonté de régulation. C’est aussi pourquoi Macron se place en première ligne pour orchestrer la riposte européenne.
Sur son réseau social Truth Social, le président américain a déclaré : « Les taxes numériques, les lois, les règles ou les réglementations sont toutes conçues pour nuire à la technologie américaine ou la discriminer. » Il a ajouté que ces mesures, parmi lesquelles figure la taxe britannique sur les services numériques, qui rapporte environ 800 millions de livres sterling par an grâce à un prélèvement de 2 % sur les revenus des entreprises technologiques mondiales, « accordent de manière scandaleuse une exemption totale aux plus grandes entreprises technologiques chinoises ».
Et d'indiquer :
En tant que président des États-Unis, je m'opposerai aux pays qui s'en prennent à nos incroyables entreprises technologiques américaines. Les taxes numériques, la législation sur les services numériques et les réglementations sur les marchés numériques sont toutes conçues pour nuire à la technologie américaine ou la discriminer. Elles accordent également, de manière scandaleuse, une exemption totale aux plus grandes entreprises technologiques chinoises. Cela doit cesser, et cesser IMMÉDIATEMENT !
Fort de cette VÉRITÉ, j'avertis tous les pays qui ont mis en place des taxes, des législations, des règles ou des réglementations numériques que, si ces mesures discriminatoires ne sont pas supprimées, je vais, en tant que président des États-Unis, imposer des droits de douane supplémentaires substantiels sur les exportations de ces pays vers les États-Unis et instaurer des restrictions à l'exportation de nos technologies et puces hautement protégées. L'Amérique et les entreprises technologiques américaines ne sont plus ni la « tirelire » ni le « paillasson » du monde. Montrez du respect à l'Amérique et à nos incroyables entreprises technologiques, ou envisagez les conséquences ! Je vous remercie de l'attention que vous porterez à cette question.
DONALD J. TRUMP, PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE
Fort de cette VÉRITÉ, j'avertis tous les pays qui ont mis en place des taxes, des législations, des règles ou des réglementations numériques que, si ces mesures discriminatoires ne sont pas supprimées, je vais, en tant que président des États-Unis, imposer des droits de douane supplémentaires substantiels sur les exportations de ces pays vers les États-Unis et instaurer des restrictions à l'exportation de nos technologies et puces hautement protégées. L'Amérique et les entreprises technologiques américaines ne sont plus ni la « tirelire » ni le « paillasson » du monde. Montrez du respect à l'Amérique et à nos incroyables entreprises technologiques, ou envisagez les conséquences ! Je vous remercie de l'attention que vous porterez à cette question.
DONALD J. TRUMP, PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE
Cette menace met sous pression le Royaume-Uni et l'Union européenne, qui ont tous deux conclu récemment des accords commerciaux avec les États-Unis. L'Union européenne a mis en place une réglementation visant à limiter le pouvoir des grandes entreprises technologiques par le biais de la loi sur les services numériques, et plusieurs États membres, dont la France, l'Italie et l'Espagne, ont instauré des taxes sur les services numériques.
Les responsables américains ont critiqué la taxe sur les services numériques (DST) du Royaume-Uni, qui a été introduite en 2020 et maintenue après l'accord commercial conclu en mai avec l'administration Trump.
Trump s'est plaint de l'impact des DST à travers le monde sur les entreprises américaines. En février, il a publié un décret intitulé « Défendre les entreprises et les innovateurs américains contre l'extorsion et les amendes et pénalités injustes à l'étranger », menaçant d'imposer des droits de douane en représailles.
Emmanuel Macron appelle l'UE à cibler les GAFAM
Le président français Emmanuel Macron a déclaré à ses ministres que l'Union européenne devrait envisager des mesures de rétorsion contre le secteur numérique américain après que le président Donald Trump ait menacé d'imposer des droits de douane supplémentaires sur la réglementation et la fiscalité des technologies, selon un haut responsable du gouvernement français.
Lors de sa réunion hebdomadaire du Conseil des ministres mercredi, le président français a déclaré que l'Europe « ne devrait pas exclure d'examiner le secteur numérique » après la salve de Trump lundi, selon ce responsable, qui a souhaité rester anonyme pour discuter d'un sujet sensible.
« L'Union européenne a un important déficit commercial avec les États-Unis, nous devons nous concentrer sur ce point », aurait déclaré Macron, faisant référence à la balance commerciale négative de l'UE dans le domaine des services avec les États-Unis. Le bloc affiche un excédent commercial dans les biens, tels que les automobiles, les produits pharmaceutiques et les denrées alimentaires, que Trump souhaite réduire.
L’idée n’est pas seulement de défendre une posture politique mais de montrer que l’Union européenne peut utiliser son poids économique pour rééquilibrer la balance.
Se servir de l'outil anti-coercition européen
Cette stratégie s’appuie sur l’outil anti-coercition européen, entré en vigueur en 2023, qui permet à Bruxelles d’imposer rapidement des sanctions commerciales en réponse à des mesures jugées agressives. La France pousse pour que cet outil soit utilisé comme un levier de dissuasion crédible contre les menaces américaines.
L'outil de coercition entré en vigueur dans l'UE en 2023 est l'Instrument de lutte contre la coercition (ACI). Adopté par le Conseil le 23 octobre 2023 et entré en vigueur le 27 décembre 2023, il vise à dissuader les pays tiers d'utiliser des pressions économiques (comme des restrictions commerciales) pour influencer les décisions politiques de l'UE ou de ses États membres. En cas de coercition, l'UE peut en dernier recours répondre par des contre-mesures telles que l'augmentation des droits de douane ou des restrictions d'accès aux marchés.
En clair, il donne à l'UE un large spectre :
- Restrictions sur l’accès aux marchés publics européens pour certaines entreprises technologiques américaines.
- Sanctions financières ciblées, via des amendes ou des contributions spéciales imposées aux GAFAM.
- Accélération des projets de souveraineté numérique, notamment dans le cloud, l’intelligence artificielle ou les infrastructures critiques, afin de réduire la dépendance aux acteurs américains.
- Blocages réglementaires sur certaines acquisitions ou extensions de services des Big Tech en Europe.
Ces mesures auraient un impact direct sur l’écosystème technologique, et pourraient contraindre les géants américains à revoir leurs stratégies d’expansion sur le Vieux Continent.

L’histoire récente a montré que les conflits commerciaux entre l’Europe et les États-Unis autour du numérique sont cycliques. Déjà en 2019, sous la première présidence Trump, Washington avait menacé la France de surtaxes sur le vin et le champagne en réponse à sa taxe numérique. La différence aujourd’hui tient dans la montée en puissance des outils réglementaires européens, et dans la volonté affirmée de Macron de placer la dissuasion au centre de la stratégie.
Depuis des mois, l'administration Trump critique le règlement numérique de l'UE, affirmant que la loi sur les services numériques et la loi sur les marchés numériques censurent respectivement les citoyens américains et ciblent injustement les entreprises américaines.
La France est depuis longtemps à l'avant-garde des appels européens en faveur d'une ligne plus dure à l'égard de Trump en matière commerciale.
Cependant, la majorité des pays de l'UE ne sont pas disposés à se lancer dans une guerre commerciale à grande échelle, ce qui a conduit Bruxelles à s'abstenir jusqu'à présent d'imposer des mesures tarifaires de rétorsion ou d'activer son « bazooka commercial », l'instrument anti-coercition. Avec le soutien de la plupart des pays membres, celui-ci pourrait être utilisé pour restreindre les droits de propriété intellectuelle des géants technologiques américains ou leur interdire d'investir dans l'UE.
Au plus fort des récentes tensions commerciales transatlantiques, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré que « tous les instruments sont sur la table » pour répondre à Trump, mais elle a ensuite évité d'adopter une ligne dure afin de maintenir le président américain engagé dans les efforts visant à mettre fin à la guerre en Ukraine.
Le président français a exprimé son mécontentement voilé à l'égard de l'accord commercial conclu avec Trump, laissant entendre que l'Europe « n'était pas assez redoutée » pour obtenir un accord commercial avantageux.
Selon le premier responsable, Macron devrait aborder cette question avec le chancelier allemand Friedrich Merz plus tard cette semaine, lors d'un séjour de deux jours à Fort Brégançon, la résidence d'été de Macron, et dans la ville méridionale de Toulon.
Sources : Donald Trump, Tax Foundation Europe, Parlement européen
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