La Chambre des représentants des États-Unis a récemment validé un projet de loi budgétaire qui, s'il était adopté, interdirait aux États d'appliquer des lois régissant l'intelligence artificielle pendant dix ans. La balle est désormais dans le camp des sénateurs qui doivent examiner cette semaine le projet de loi One Big Beautiful Bill Act. Toutefois, selon un sondage, une large majorité de citoyens des deux bords politiques s’opposent à l’idée d’interdire aux États de réguler l’intelligence artificielle, surtout si celle-ci s'avère restrictive pour une période prolongée.Contexte
L'argumentaire en faveur d'une préemption fédérale vise souvent à éviter un « patchwork » réglementaire complexe et potentiellement contradictoire émanant des différents États. Une telle fragmentation, nous dit-on, pourrait freiner l'innovation, créer des barrières à l'entrée et compliquer la mise sur le marché de solutions d'IA à l'échelle nationale. Si cette préoccupation est légitime d'un point de vue de scalabilité et d'uniformité, elle semble ignorer une aspiration profonde à une gouvernance plus locale et réactive.
Les opposants, pour leur part, estiment qu'il s'agit d'un dangereux cadeau aux entreprises technologiques qui laisserait les consommateurs, en particulier les communautés vulnérables et les enfants, sans protection et qui anéantirait une multitude de lois étatiques portant sur des sujets aussi variés que les "deepfakes" ou la discrimination dans le cadre d'un processus d'embauche automatisé.
Les sénateurs vont se pencher sur le projet de loi One Big Beautiful Bill Act
Les législateurs fédéraux du Sénat se préparent à examiner cette semaine le projet de loi One Big Beautiful Bill Act, mais un nouveau sondage suggère que l'une de ses dispositions controversées est clairement impopulaire auprès des électeurs des deux bords.
Cette mesure interdirait aux États de réglementer l'intelligence artificielle pendant une décennie. Les partisans de cette mesure affirment que les entreprises technologiques américaines ne pourront pas réussir sur la scène internationale si elles sont limitées par un patchwork de lois nationales qui répondent aux préoccupations liées à l'intelligence artificielle, telles que les « deepfakes », la fraude et la sécurité des jeunes.
Toutefois, les critiques font valoir qu'une interdiction générale de longue durée nuirait aux consommateurs, d'autant plus que le Congrès n'a pas l'intention d'adopter un projet de loi prévoyant des mesures de protection.
Une méfiance croissante vis-à-vis de l’IA non régulée
La principale leçon du sondage est limpide : l’opinion publique est majoritairement favorable à une régulation étatique de l’intelligence artificielle. Cette position semble moins motivée par un rejet de la technologie elle-même que par une inquiétude croissante face à ses usages non contrôlés. Deepfakes, biais algorithmiques, surveillance de masse, influence électorale automatisée : ces dérives réelles ou potentielles ont érodé la confiance envers une IA laissée entre les seules mains du marché.
Le refus populaire d’interdire la régulation par les États s’inscrit donc dans un réflexe démocratique fondamental : celui de vouloir imposer des garde-fous à une technologie dont les effets systémiques dépassent déjà le cadre économique.
Le nouveau sondage a demandé à 1 022 électeurs inscrits dans tout le pays leur avis sur un moratoire réglementaire au niveau de l'État, et les résultats montrent que les électeurs américains s'y opposent largement. L'enquête a été réalisée à la mi-mai par le cabinet d'études Echelon Insights, pour le compte de Common Sense Media. Cette organisation non partisane aide les enfants et les parents à naviguer dans les médias et la technologie, et plaide en faveur d'une législation sur la sécurité et la protection de la vie privée.
Cinquante-neuf pour cent des personnes interrogées se sont opposées à la mesure. La moitié des participants républicains s'y sont également opposés, soit nettement plus que les 31 % de républicains qui l'ont soutenue.
La grande majorité des personnes interrogées, quelle que soit leur affiliation politique, s'accordent à dire que le Congrès ne devrait pas interdire aux États de promulguer ou d'appliquer leurs propres lois sur la sécurité en ligne et la protection de la vie privée des jeunes.
En outre, 53 % des personnes interrogées ont déclaré qu'elles faisaient davantage confiance aux dirigeants locaux et des États qu'aux politiciens du Congrès, lorsqu'il s'agissait de réglementer l'IA de manière appropriée. Seuls 15 % préfèrent les politiciens et les régulateurs de Washington, D.C. Le reste des participants ne savent pas à qui ils font le plus confiance.
Les répondants sont préoccupés par la sécurité des jeunes si l'IA venait à ne pas être régulée
« Les chiffres sont clairs », a déclaré Kristen Soltis Anderson, partenaire et cofondatrice d'Echelon Insights, dans un communiqué sur le sondage. « Les électeurs sont préoccupés par les dangers...
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