
Dans sa plainte, VMware indique qu'elle dispose d'une licence logicielle principale et d'un accord de service avec Siemens depuis le 28 novembre 2012. L'entreprise de virtualisation affirme qu'en septembre, Siemens a envoyé à VMware un bon de commande pour des services de maintenance et de support. Siemens aurait cherché à exercer une option précédemment convenue pour un renouvellement d'un an des services de support. Cependant, la liste des technologies VMware pour lesquelles Siemens cherchait un support « comprenait un grand nombre de produits pour lesquels [VMware] n'avait aucune trace d'achat de licence par Siemens AG », indique la plainte.
Contexte : L’accusation de piratage
L’affaire a éclaté en mars 2025, lorsque VMware a déposé une plainte contre Siemens pour avoir prétendument piraté « des milliers » de copies de ses logiciels. Selon VMware, l’entreprise allemande aurait installé des versions non autorisées de ses produits, sans disposer des licences nécessaires. Ce sont des accusations graves, car elles touchent à la fois les principes fondamentaux du respect des droits de propriété intellectuelle et de la conformité aux conditions de licence logicielle. Mais derrière ces accusations se cache une série de questions sur la transparence des pratiques de gestion des licences dans le secteur technologique.
L’affaire trouve son origine en septembre 2024, lorsque Siemens, dans une démarche visant à obtenir un support et des services de maintenance pour ses produits VMware, a soumis une liste d’installations logicielles. Cette liste, cependant, a révélé un écart flagrant entre le nombre de licences acquises par Siemens et celles réellement utilisées. VMware, après avoir examiné cette liste, a découvert que le nombre de déploiements dépassait largement celui autorisé par les licences acquises. Siemens, dans un premier temps, a contesté ces affirmations, maintenant que sa liste était correcte et qu’aucune infraction n’avait été commise. Une réaction classique dans ce genre de situation, où l’un des partis essaie de minimiser les conséquences d’une possible erreur ou malentendu.
Nous pouvons lire ceci dans la plainte : « Dans le cadre de la tentative d'exercer l'option... d'acheter un renouvellement d'un an des services de support pour certains produits sous licence éligibles pour l'année suivant l'expiration de l'ELA en septembre 2024, Siemens AG a révélé qu'elle avait téléchargé, copié, distribué et déployé des milliers de copies de produits VMware pour lesquels elle n'avait jamais acheté de licence. »
Le manque de collaboration de Siemens
Malgré la divergence perçue, VMware a déclaré avoir finalement accepté de fournir à Siemens les services d'assistance demandés « afin d'éviter la possibilité d'interrompre les opérations commerciales de Siemens » et sous la menace d'une action en justice de la part de Siemens.
Siemens a également « résisté » aux tentatives de VMware d'auditer l'entreprise et d'exécuter un script sur ses systèmes pour déterminer la quantité de logiciels VMware que Siemens utilisait, selon la plainte. VMware estime apparemment que la liste initiale que Siemens aurait fournie était une évaluation véridique des offres VMware utilisées par Siemens. La plainte affirme que Siemens aurait donné la priorité à l'exactitude de la liste pour éviter les plaintes pour infraction et parce que le montant que VMware facturerait à Siemens pour l'assistance augmenterait « en fonction du nombre de produits et de licences déployés pour chaque produit de la liste ».
« À ce jour, Siemens AG a refusé de rectifier la situation en reconnaissant qu'elle utilisait sans licence et en violation des droits d'auteur des produits de VMware et en tentant de résoudre le problème. VMware n'a donc pas d'autre choix que d'intenter cette action pour résoudre le problème que Siemens AG a admis avoir créé », a regretté VMware.
VMware demande un procès devant jury, des dommages et intérêts, ainsi que « tous les bénéfices attribuables aux activités de contrefaçon [de Siemens] en ce qui concerne les produits logiciels de VMware protégés par le droit d'auteur ».
L’impact de l’acquisition de VMware par Broadcom
Un autre aspect qui mérite d’être exploré est l'impact de l'acquisition de VMware par Broadcom. L’achat de VMware par Broadcom a modifié la dynamique de cette entreprise, non seulement au niveau de la gestion interne, mais aussi dans ses relations avec les clients. Avant l’acquisition, VMware avait acquis une certaine réputation de flexibilité en matière de gestion des licences et d’assistance à ses clients. Cependant, avec l'arrivée de Broadcom, qui a un profil plus agressif en matière de contrôle des coûts et de maximisation des profits, il est possible que la posture de VMware ait évolué, la poussant à adopter une approche plus rigide et moins tolérante en ce qui concerne les violations des licences logicielles.
Cela soulève une question importante : est-ce que Broadcom, en tant que nouveau propriétaire, impose des politiques plus strictes pour optimiser les revenus issus des licences, au détriment de la relation avec les clients ? Cette stratégie pourrait à terme se retourner contre VMware si elle nuit à sa réputation de fournisseur de services fiables et accessibles. L’affaire Siemens pourrait n’être qu’un exemple parmi d'autres d’une tendance plus large où les entreprises sont de plus en plus sous pression pour optimiser leurs revenus, quitte à entrer en conflit avec des clients importants.
L’enjeu plus large de la gestion des licences logicielles
Au-delà de ce conflit spécifique entre Siemens et VMware, cette affaire soulève un débat crucial sur la gestion des licences logicielles dans l’industrie technologique. L’industrie des logiciels est en constante mutation, avec des entreprises qui modifient fréquemment leurs modèles de tarification, d'abonnement et de gestion des licences. Dans ce contexte, il devient de plus en plus difficile pour les entreprises clientes de suivre les modifications et de s’assurer qu’elles respectent toujours les conditions d’utilisation.
En outre, la complexité des systèmes modernes de gestion des licences logicielles rend ces problèmes encore plus graves. De nombreuses entreprises utilisent des dizaines, voire des centaines, de logiciels différents, souvent dans des environnements distribués et sur plusieurs sites. Cette gestion complexe des logiciels entraîne inévitablement des erreurs de comptabilité, des oublis de licences ou des installations incorrectes. Bien que certaines de ces erreurs puissent être accidentelles, elles peuvent facilement être interprétées comme des violations intentionnelles des termes de licence, comme c’est le cas dans le conflit entre VMware et Siemens.
Un avertissement pour l'industrie
L'affaire VMware contre Siemens doit être perçue comme un avertissement pour toute l’industrie technologique. Le respect des licences logicielles n'est pas seulement une question de conformité légale, mais aussi une question de gestion stratégique des relations avec les clients. Les entreprises doivent s’assurer qu’elles disposent de systèmes de gestion des licences clairs et transparents, tout en établissant des mécanismes de communication efficaces avec leurs clients pour éviter les malentendus.
En fin de compte, cette affaire soulève des questions sur la manière dont les géants technologiques gèrent les licences logicielles dans un environnement où la technologie évolue rapidement, les relations commerciales se complexifient, et la compétitivité s’intensifie. Les entreprises doivent veiller à ne pas sacrifier la confiance de leurs clients pour des gains à court terme. La manière dont VMware et Siemens géreront cette crise pourrait bien définir la direction que prendra cette dynamique dans les années à venir.
Une acquisition stratégique
Broadcom a finalisé l'acquisition de VMware fin 2023 pour un montant de 69 milliards de dollars. Et presque immédiatement, le géant des semiconducteurs a déclenché une tempête de feu en apportant des changements majeurs au catalogue de produits de VMware, notamment en modifiant les licences logicielles et en mettant fin à certains produits.
Par exemple, l’entreprise a annoncé la fin des licences perpétuelles pour VMware et le passage aux souscriptions à des abonnements :
« Après la date de validité des licences perpétuelles, les clients ne pourront plus acheter de nouvelles. Ils pourront plutôt souscrire à des abonnements ou des licences à durée déterminée pour compléter ou remplacer leur base d'installation actuelle sous licence perpétuelle », indique Broadcom dans la note d’information relative au changement de formule.
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